De Martha Argerich à Daniel Barenboim, en passant par Anne-Sophie Mutter, ils sont une douzaine de grands noms de la musique classique à avoir signé une lettre ouverte pour rendre hommage à Pavel Kouchnir. Ce pianiste russe, qui a publiquement critiqué l’invasion de l’Ukraine, est mort en prison des conséquences d’une grève de la faim.
Pavel Kouchnir était un pianiste accompli. Ancien élève diplômé du conservatoire Tchaïkovski de Moscou, il fut soliste pendant sept ans avec l’Orchestre Philharmonique de Koursk et trois ans avec l’Orchestre philharmonique de Kourgan (est de la Russie). Son amie d’enfance, la pianiste Olga Shkrygunova, se souvient : « Il jouait les 24 préludes et fugues de Dimitri Chostakovitch en une soirée, alors qu’il était encore étudiant. Il était au niveau des plus grands pianistes ».
Fin mai, le musicien avait été arrêté par les agents du FSB, le service de renseignement russe chargé des affaires de sécurité intérieure. Accusé d’“appels publics à des activités terroristes“, il a été placé en détention pour avoir diffusé sur sa chaîne YouTube – qui ne comptait qu’une demi-douzaine d’abonnés – des messages critiques à l’encontre des autorités russes depuis le début de la guerre en Ukraine. Le 27 juillet, suite à une grève de la faim qu’il avait entamée un mois plus tôt, Pavel Kouchnir est mort à 39 ans.
« Des héros et des visionnaires »
Le 13 août, à l’initiative du pianiste russe Alexandre Melnikov, une douzaine d’illustres musiciens, parmi lesquels Martha Argerich, Anne-Sophie Mutter, Daniel Barenboim, Sir Simon Rattle, Igor Levit ou encore le flûtiste français Emmanuel Pahud, ont signé une lettre en hommage à Pavel Kouchnir. Cette lettre, publiée par le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine, les signataires la dédie également aux « innombrables prisonniers politiques inconnus en Russie comme ailleurs dans le monde ».
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« Nous sommes aussi musiciens. Même s’il est difficile d’écrire, de penser, d’exister, face à un mal aussi global, il faut prendre position. Rien ne ramènera Pavel Kouchnir » écrivent les signataires et de conclure : « Lorsque nous entendons soudain un son lointain et magnifique qui, malgré sa modestie, couvre le rugissement et le tintement infernal omniprésents, nous nous inclinons devant ces héros et visionnaires qui, dans leur solitude désespérée, se sacrifient pour l’humanité et paient le prix le plus élevé ».
Philippe Gault
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