Accord Russie-Corée du Nord : Qui sont les vrais alliés de Vladimir Poutine ?

Gavriil Grigorov/AP/SIPA

En visite en Corée du Nord, Vladimir Poutine a conclu d’importants accords entre Moscou et Pyongyang. Mais ce voyage soulève une question : quels sont les vrais alliés de la Russie et sur lesquels peut-elle réellement compter ?

C’est la première visite d’un chef d’Etat russe depuis la visite du même Vladimir Poutine, en 2000, et elle se voit conclue par la signature d’un « partenariat stratégique », une formule diplomatique qui instaure entre deux pays une coopération renforcée à la poursuite d’objectifs communs. L’importance de cet accord sur le plan militaire suffit à dire combien les Etats-Unis et l’Union européenne sont inquiets. Le périple de Vladimir Poutine se poursuivra au Vietnam, autre pays qui fut dans l’orbite soviétique, ce qui lui a permis de cultiver habilement une alternative à l’hégémonie chinoise tout en conduisant un développement économique galopant.

En réalité, les accolades ne doivent pas abuser l’opinion. En Corée du nord comme au Vietnam, la marge de manœuvre de Poutine est limitée, car il doit surtout veiller à ne pas piétiner les plates-bandes de la Chine. Ce qui induit cette question : la Russie dispose-t-elle de tant de vrais alliés que cela ? C’est un peu complexe, en effet.

Moscou caresse le projet d’une Russie-Eurasie puissante

Il faut distinguer trois cercles. Celui de la proximité géographique avec des pays frontaliers vassaux comme la Biélorussie ou, dans une moindre mesure, le Kazakhstan. À partir de cet étranger proche, Moscou caresse le grand projet d’une Russie-Eurasie susceptible de faire pièce à ce que Poutine nomme l’« Occident collectif », ce qui dessine un vaste espace d’intérêts communs et d’opposition aux démocraties occidentales. La Chine et la Corée du Nord peuvent jouer leur propre partition dans cette perception d’une Grande Asie anti-occidentale ; de même que l’Iran peut trouver sa place dans cet ensemble, tout en affirmant jalousement son indépendance.

Puis viennent les vieilles fraternités d’armes, qui sont au-delà des mers, comme Cuba ou le Venezuela, rameau historique sur lequel peuvent venir se greffer, selon un catalogue de profits bien ciblés, le Brésil, l’Afrique du sud ou même l’Algérie. Enfin, les conjonctions d’intérêts économiques bien compris et le partage des bénéfices politiques rapprochent de la Russie un pays relativement puissant comme la Turquie ou une nation ravagée et en ruines, telle que la Syrie.

La Russie est présente au Sahel

Et que faut-il penser du fameux « Sud global » ? L’expression a fait florès, sans que l’on sache trop de quoi l’on parle au juste – on voit mieux ce Sud n’est pas que ce qu’il est. L’habileté du concept de Sud global est de permettre une logomachie anti-occidentale, c’est l’essentiel, et Moscou comme Pékin excellent dans cette guerre de désinformation qu’ils ont déclarée au nord.

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Disons que la Russie est capable de prolonger la guerre qu’elle mène contre l’« Occident collectif » sur plusieurs théâtres à la fois, dernièrement au Sahel. Cela ne fait pas pour autant du Mali, du Burkina et du Niger des alliés de Moscou – mais bien plus des clients, de nouveaux vassaux, cette fois tropicaux. On ne change pas l’histoire russe, laquelle ne s’est jamais accommodée de vrais partenaires.

Christian Makarian

 

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