On peut se demander où s’arrêtera la guerre psychologique entre les deux Corées. Pour l’heure, elle vient de franchir un nouveau cran, et pas du meilleur goût. Pyongyang envoie maintenant des ballons chargés d’immondices vers la Corée du sud, mais dans quel but ?
Depuis deux semaines, la Corée du Nord envoie par-dessus la frontière des sacs de détritus et de déchets divers accrochés à des ballons qui explosent au-dessus des zones urbaines une fois parvenus dans le ciel de la Corée du Sud. À la carte, mégots de cigarettes, piles électriques en décomposition, mouchoirs en papier dégoûtants, et même papier hygiénique usagé. Un rite d’exécration répugnant, digne du Moyen-âge lorsque les assiégés vidaient leurs seaux d’aisance sur les fantassins à l’assaut des murailles.
À quoi correspondent ces mœurs ordurières surgies d’un autre temps ? La réponse est donnée par Madame Kim Yo-jong, la bienheureuse sœur du leader suprême de la Corée du Nord, Kim Jong-un. Elle a déclaré que la Corée du Nord ne faisait que répliquer à l’envoi depuis la Corée du Sud de tracts de propagande par la voie des airs, ce qu’elle assimile à des déchets.
La Corée du Nord montre une étonnante faiblesse
Effectivement, des militants des Droits de l’Homme sud-coréens expédient des ballons porteurs de messages à caractère démocratique vers la Corée du Nord afin de soutenir la flamme de la liberté par-delà les murs de séparation des deux Corées. Or Madame Kim Yo-jong en est ulcérée, d’où l’idée de répliquer par des ballons charrieurs d’immondices – pour riposter à l’idée de liberté qui, selon Pyongyang, est une véritable infection. Décidément en verve, la sœur a ajouté : « Une fois que vous aurez fait l’expérience désagréable et épuisante de ramasser des saletés, vous comprendrez qu’il ne faut pas parler aussi facilement de liberté d’expression en distribuant des tracts dans les zones frontalières ».
En réalité, le régime de Pyongyang montre là une étonnante faiblesse : s’énerver à ce point contre des tracts, qui sont diffusés depuis des décennies par la Corée du Sud, laisse apparaître une nouvelle phase d’agressivité au sein du régime de Kim Jong-un.
Un vent mauvais souffle entre les deux Corées
En face, la presse sud-coréenne évoque la possibilité de relancer la pollution sonore en faisant hurler des haut-parleurs le long de la frontière, ce que Séoul avait cessé de faire depuis des années. Ce tsunami de décibels pourrait notamment diffuser des informations libres, ce que Pyongyang redoute, mais aussi de la K-Pop, musique d’invention sud-coréenne qui déchaîne les ados et qui est strictement interdite au nord.
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Mais le fond du dossier n’est évidemment pas là. La semaine dernière, la Corée du Nord a lancé des missiles balistiques pour effectuer une énième démonstration de force. Un vent mauvais souffle entre les deux Corées, un vent qui est en train de compromettre la détente qui avait été instaurée en 2018. Cette année-là, les dirigeants des deux pays frères ennemis s’étaient serré la main et l’engagement avait été pris de mettre fin aux actes hostiles ; ce qui incluait effectivement l’envoi de ballons par-dessus la frontière de même que l’usage de haut-parleurs de propagande, mais ce qui concernait surtout les tirs de missiles – or Pyongyang les a multipliés. Depuis que la Russie a sollicité le soutien de la Corée du Nord en matière de fournitures de munitions, Kim Jong-un est remonté sur scène. Il se sent comme redopé, ce qui est très mauvais signe.
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