Après une nouvelle provocation de Javier Milei, rien ne va plus entre l’Argentine et l’Espagne

Manu Fernandez/AP/SIPA

Le gouvernement de Madrid accuse Buenos Aires d’avoir insulté l’Espagne par la voix du président Javier Milei, qui a eu un mot de trop. Que s’est-il passé au juste et à quelles conséquences faut-il s’attendre ?

Cela devait arriver ; et cela a fini par arriver. Une simple phrase, lâchée pour plaire à un public acquis d’avance, s’est transformée en véritable crise diplomatique. Le président argentin Javier Milei, si coutumier des provocations et des phrases à l’emporte-pièces – cette faconde à laquelle il doit en partie son accession au pouvoir – a pris cette fois pour cible le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez.

C’était le weekend dernier, lors d’une convention organisée par le parti d’extrême-droite Vox, qui regroupait tout le gratin des populistes européens – du reste Marine Le Pen était présente. Invité à s’exprimer à la tribune, Javier Milei a pilonné Pedro Sanchez par ces mots : « Quand vous avez une femme corrompue, vous vous salissez. » Allusion claire et nette à l’enquête pour « trafic d’influence » et pour « corruption » dont fait l’objet Begonia Sanchez, l’épouse du Premier ministre. La salle a salué cette saillie par une véritable ovation. Et Madrid a rappelé sine die son ambassadeur à Buenos Aires en estimant que le moment le plus grave de l’histoire récente avait été atteint.

À l’origine du malaise, il y a le ressentiment éprouvé par Javier Milei à l’égard du gouvernement espagnol actuel. Alors qu’il était candidat à l’élection présidentielle, Pedro Sanchez, qui est un politicard qui n’a honte de rien malgré l’image consciencieuse qu’il veut se donner, avait pris fait et cause pour Sergio Massa, le concurrent de Javier Milei, qui venait de la gauche péroniste. Milei aime à répéter que même une fois élu, Sanchez ne lui a même pas adressé un coup de téléphone. Pire, le ministre espagnol des Transports a estimé que Milei était « sous substances ». Terrible manque de classe. Résultat, en se rendant en Espagne, pour participer à un meeting de l’extrême-droite, Milei n’est allé saluer ni le roi, ni le Premier ministre, ce qui n’est pas, non plus, du niveau d’un chef d’Etat.

Des excuses publiques exigées

Le ministre espagnol des Affaires Etrangères s’est fendu d’une déclaration solennelle : « Il est inacceptable qu’un président en exercice, en visite en Espagne, insulte l’Espagne et son chef de gouvernement. Pour cette raison, l’Espagne exige des excuses publiques de la part de Monsieur Milei. » A propos de l’éventualité d’une rupture des relations diplomatiques, il a ajouté : « Nous ne voulons évidemment pas prendre ces mesures, mais s’il n’y a pas d’excuses publiques, nous le ferons. »

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C’était mal connaître Javier Milei ; non seulement il a refusé de s’excuser, mais, sitôt rentré en Argentine, il a surenchéri en traitant Pedro Sanchez de « lâche ». Le porte-parole du gouvernement argentin a complété en jugeant que c’est à l’Espagne de présenter ses excuses. En fin de compte, hier, l’Espagne a décidé de retirer définitivement son ambassadrice d’Argentine : « L’ambassadrice restera définitivement à Madrid. L’Argentine n’aura plus d’ambassadeur ».

Il reste une fenêtre, tout de même : à l’issue du prochain G7, qui se tiendra dans les Pouilles, du 13 au 15 juin prochain, il est prévu à l’agenda que Javier Milei se rende en Espagne. Attendons…D’ici là, Sanchez et Milei vont poursuivre leur concours d’ego…

Christian Makarian

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