L’Organisation des Nations Unies reconnaît avoir mal évalué le nombre des victimes à Gaza, notamment en ce qui concerne les enfants et les femmes. Cet aveu jette un discrédit global sur l’institution onusienne.
Il aura fallu plus de 6 mois pour que la prudence et la vigilance s’imposent. 6 mois durant lesquels, sans prendre suffisamment de distance par rapport aux données fournies par le Hamas, les chiffres des victimes palestiniennes à Gaza ont été diffusés sans retenue par de nombreux médias – mais pas tous – alors même qu’il n’existait aucune possibilité de vérification de ces données tragiques.
Ces chiffres provenaient du bureau de presse du gouvernement de Gaza, dirigé par le Hamas. Mais les incohérences étaient si flagrantes dans le chiffrage des victimes, notamment en ce qui concerne les enfants, qu’il devenait de plus en plus difficile de considérer ces décomptes comme fiables. Le 8 mai, le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires de l’ONU (Ocha) a décidé de ne plus s’en remettre au bureau de presse du gouvernement de Gaza, mais au ministère de la Santé de Gaza.
La proportion de femmes et enfants tués diminue
Ce changement de méthode a modifié les statistiques, car le ministère de la Santé de Gaza opère une distinction entre le chiffre global des victimes et les personnes dont l’identité a pu être entièrement vérifiée. L’ONU apporte donc deux correctifs : premièrement, seule une partie des victimes dispose d’une identité totalement vérifiée ; soit un peu moins de 25.000 personnes sur environ 35.000 morts déclarés. Deuxièmement, la répartition des victimes par catégorie (enfant, femme, homme, et personnes âgées) n’est plus donnée que pour ces victimes identifiées.
Cela engendre un changement substantiel de la structure des personnes dont le décès a été constaté. Le nombre global de victimes ne change guère, mais celui des femmes et des enfants diminue dans de larges proportions. Le 6 mai, un rapport indiquait que 34.735 personnes, identifiées et non identifiées, avaient perdu la vie à Gaza, parmi lesquelles plus de 9.500 femmes et plus de 14.500 enfants. Après révision, le 8 mai, soit deux jours plus tard, les chiffres revus et corrigés font état d’un total de 24.686 victimes identifiées, dont 4.959 femmes et 7.797 enfants.
L’ONU reconnaît l’absence de vérification indépendante
Le nombre des femmes décédées, et surtout celui des enfants, est ainsi carrément réduit de moitié – même s’il demeure tout à fait choquant. L’Ocha conclut que sur les 24.686 victimes identifiées, 32 % sont des enfants, 8 % des personnes âgées, 20 % des femmes adultes (non âgées), et 40 % des hommes adultes (non âgés). L’écart entre ces données alimente encore les doutes quant à la fiabilité de ces chiffres.
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Tout en publiant ces statistiques, l’ONU a elle-même émis un avertissement, reconnaissant l’absence de vérification indépendante. Pour mémoire, en mars 2024, l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens, l’UNRWA, déclarait que la guerre de Gaza avait tué plus d’enfants en quatre mois qu’en quatre années de conflit à travers le monde entier. On était pourtant en droit d’espérer que le fameux « brouillard de la guerre », tel que défini par Clausewitz, n’aveugle pas l’ONU.
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