OTAN : quel bilan dresser du sommet à Ankara ?

Alex Brandon/AP/SIPA

Hier, à Ankara, s’est tenu le sommet de l’OTAN. Les 32 pays de l’organisation n’ont finalement passé que peu de temps ensemble, et il paraît difficile de discerner des évolutions majeures adoptées lors de ce sommet. Par ailleurs, Trump a blâmé lors de cette réunion ses alliés Européens qui ne feraient pas assez d’effort selon lui dans leurs dépenses militaires. 

 

Avant même le sommet de l’OTAN, Trump a donné libre cours à ses lubies obsessionnelles cette année, notamment avec l’annexion du Groenland, suscitant une réponse musclée de la Première ministre danoise, Mette Frederiksen. Il a aussi fait face à des Alliés peu loyaux, puisqu’ils avaient refusé de le suivre dans sa guerre sans concertation contre l’Iran. L’OTAN devient selon Trump un fardeau pour les États-Unis, contre des Européens qui ne feraient pas d’effort.

Cependant, c’est d’autant plus faux que, comme l’a rappelé Mark Rutte, le secrétaire général de l’OTAN, les Européens et le Canada ont augmenté leurs dépenses militaires de 258 milliards de dollars en 2025 et 2026, soit un bond de 20 % en un an. Rien que l’Allemagne va augmenter ses dépenses de 100 milliards d’euros sur 5 ans. La Pologne, elle, a déjà atteint 4,5 % du PIB consacré à la défense.

Rappelons que l’Ukraine a, depuis 2022, reçu 214 milliards d’euros des pays européens et 115 milliards de Washington. L’aide américaine est désormais arrêtée.

L’Ukraine est la principale ligne de défense de l’Europe

Le communiqué final, rédigé vendredi dernier et beaucoup plus bref que d’habitude, y fait d’ailleurs allusion et réaffirme son soutien à Kyiv et l’engagement à lui fournir, en 2026 et 2027, 140 milliards d’aide supplémentaire, sans contribution américaine.

Le président Zelensky a, à nouveau, à Ankara, plaidé pour l’intégration de l’Ukraine dans l’OTAN. Alors qu’elle dispose de la première armée d’Europe et la seule expérimentée dans la guerre de haute intensité, elle apporterait une contribution unique à la sécurité collective de l’Alliance. En résistant à la Russie, elle est déjà la principale ligne de défense de l’Europe.

Mais les États-Unis de Biden et l’Allemagne de Scholz avaient refusé un plan d’accession de Kyiv lors du sommet de Vilnius de 2023. Trump, qui a discuté avec Poutine une heure et demie le 4 juillet, est trop aligné sur Moscou pour l’accepter.

Il n’a pas non plus été répondu à la demande urgente de l’Ukraine de lui fournir des systèmes de défense antimissiles, les Américains n’en livrant plus pour leurs batteries Patriot. Ils ont quand même autorisé, après un tête-à-tête entre les deux présidents, les Ukrainiens à les fabriquer sous licence, mais ils ne le seront pas au mieux avant 2028.

Ce sommet s’est tenu dans une ambiance froide

Le président Zelensky ne repart pas complètement les mains vides : des accords sur la coproduction de drones ont été aussi signés avec le Danemark, les Pays-Bas et l’Estonie. D’autres suivront avec l’Allemagne, la Finlande, la Norvège et le Canada.

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Certains se demandent s’il ne faudrait pas renoncer à tenir les deux prochains sommets tant que Trump est au pouvoir. Malgré l’affirmation du communiqué final de l’engagement de tous sur l’application de l’article 5 sur la défense collective, pilier de l’organisation depuis sa création il y a 77 ans, on peut douter de l’engagement de Washington.

La perspective d’une OTAN sans les États-Unis est abordée, mais reste compliquée à concrétiser

Un autre éléphant dans la pièce était présent : celui de la perspective du retrait annoncé d’une partie au moins des troupes américaines stationnées en Europe. Les Européens et Canadiens sont désormais seuls.

Les uniques annonces sérieuses et contraignantes viennent d’eux. Déjà l’année dernière, le chancelier Friedrich Merz faisait allusion à la perspective d’une OTAN sans les États-Unis. C’est compliqué compte tenu de l’intégration des systèmes de commandement et de communication.

Remplacer l’Amérique supposerait que les Européens aillent bien au-delà des 5 % du PIB pour défendre seuls un pays européen attaqué par la Russie. La France est à 2,2 %, déjà un progrès notable. 5 %, cela représenterait 172 milliards en 2030 contre 69,4 milliards aujourd’hui.

Nicolas Tenzer

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