Aux Etats-Unis, un vent de panique gagne les démocrates : Donald Trump bénéficie d’une avance nette sur Joe Biden dans les fameux Swing states, ces états où le vote n’est pas couru d’avance et décident généralement du résultat. La chercheuse Laurence Nardon, responsable du programme Amériques de l’IFRI, était l’invitée de la matinale de Radio Classique ce mercredi 15 mai.
La guerre commerciale est désormais déclarée entre les Etats-Unis et la Chine. Washington va multiplier par 4 les taxes sur les véhicules électriques chinois importés. Est-ce un coup politique ? « Oui et non » estime l’invitée de David Abiker. « Nous sommes dans la continuité de la politique de Trump de 2016 à 2020 et poursuivie sans aucune arrière-pensée par Biden ». En réalité, selon Laurence Nardon, les Etats-Unis sont sortis du libre-échange « qui était l’alpha et l’oméga de leur politique économique depuis l’après-guerre, notamment vis-à-vis de la Chine ».
Cela passe par une hausse des tarifs, ce que fait Joe Biden aujourd’hui, et qu’avait déjà fait son prédécesseur avant lui. Les exportations de technologies vers la Chine font aussi l’objet de contrôles plus resserrés. « Cela dessine un monde nouveau dans lequel le libre-échange n’est plus un impératif » résume la chercheuse.
Trump a réussi à repousser plusieurs de ses procès
6 mois avant l’élection présidentielle américaine, les deux principaux candidats semblent en mauvaise posture, Donald Trump est enferré dans ses procès et Joe Biden pâtit des conséquences de la guerre au Proche-Orient, qui divise le camp démocrate. Si l’ex président s’en sort plutôt bien, en ayant réussi « grâce à son armée d’avocats » à repousser aux calendes grecques trois de ses procès, l’actuel locataire de la Maison-Blanche est plus en difficulté.
Alors qu’ils étaient au coude-à-coude dans les intentions de vote, de nouveaux sondages confirment que Donald Trump a une avance nette dans les Swing states, ces états déterminants pour l’élection présidentielle.
Les électeurs ont une perception très mauvaise de l’état économique de leur pays, à tort
Joe Biden est en réalité en train de perdre le vote des minorités. « Dans ces états, la moitié des latinos comptent voter pour Trump en novembre prochain, et l’autre moitié pour Biden » détaille Laurence Nardon. « Or en 2020 ils votaient à 65% pour les démocrates ». On constate le même phénomène pour les afro-américains, qui votaient démocrate à plus de 90% et qui aujourd’hui ne sont plus que 70% à vouloir le faire.
« C’est étonnant, mais ils semblent effrayés par les dérives trop progressistes d’une certaine gauche démocrate, et restent attachés à la propriété privée, et à la sécurité », explique la chercheuse. Ces minorités ont souffert de l’inflation et en veulent à Joe Biden : « c’est injuste car les résultats de l’économie américaine sont plutôt bons, avec environ 3% de croissance, 3% de chômage et 3% d’inflation ».
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Mais « le clou dans le cercueil » qui pourrait sceller la défaite de Joe Biden est le soutien américain à Israël. « Le principe de blanc-seing complet donné à l’allié israélien se fissure ». La gauche du parti démocrate questionne ce soutien indéfectible pour le président américain, c’est une situation inextricable. « Soit il continue de soutenir Israël et perd son électorat de gauche, soit il change et se montre plus exigeant vis-à-vis de Netanyahu – ce qu’il a essayé de faire sans aucun résultat – et perd l’aile modérée de son parti ». « Je ne vois pas comment il pourrait se sortir de cette affaire » conclut Laurence Nardon.
Béatrice Mouedine
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