En Israël, une dissolution est aussi à l’ordre du jour. Qu’a cherché Benny Gantz en démissionnant ?

Ohad Zwigenberg/AP/SIPA

Benny Gantz a fêté hier ses 65 ans en démissionnant du Cabinet de guerre israélien que préside Benjamin Netanyahu. Celui-ci est affaibli, et l’affaire relance le débat sur la dissolution de la Knesset. 

Benny Gantz avait lancé à Netanyahu, dès le 18 mai, un ultimatum en exigeant l’adoption par le cabinet de guerre d’un « plan d’action » sur la question de l’après-guerre dans la bande de Gaza, faute de quoi il se verrait « contraint de démissionner du gouvernement ». Gantz avait fixé le 8 juin comme date butoir ; il a tenu parole. Face à cela, Benyamin Netanyahu est resté sans réponse, se contentant d’exhorter son adversaire à ne pas démissionner, au nom de « l’unité ». Dépité, Netanyahu est encore plus dépendant de l’extrême-droite qui le soutient.

Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, un des porte-flambeau de l’extrême-droite israélienne, s’est fendu d’une déclaration gravement accusatoire contre Gantz : « Il n’y a pas d’acte moins noble que de démissionner en temps de guerre… C’est exactement ce que Sinouar, Nasrallah et l’Iran souhaitent et malheureusement vous exaucez leur souhait ». L’autre étendard de l’extrême-droite, Itamar Ben Gvir, chef du parti d’extrême-droite Force juive, qui avait été tenu à l’écart du cabinet de guerre en raison de ses outrances suprémacistes, a exigé d’entrer au gouvernement.

Benny Gantz a eu une carrière très riche

Benny Gantz est un militaire, un parachutiste, général de brigade, qui a exercé les fonctions de Chef d’Etat-major de l’armée israélienne de 2022 à 2015. Un profil irréfutable qui l’a propulsé vers la politique par la grande porte : il était jusqu’à hier ministre sans portefeuille, chef du parti de l’Union nationale (de centre droit). Mais sa carrière est très riche : président de la Knesset, puis Premier ministre alternant avec Benjamin Netanyahu – un poste créé pour lui – ministre de la Justice, ministre de la Défense, vice-Premier ministre, il a toujours eu à cœur de rappeler Netanyahu à l’ordre pour ses démêlés avec la justice.

Gantz n’est pas vraiment un modéré : il est par exemple à l’origine d’une loi interdisant que les dépouilles des Palestiniens morts en attaquant les forces de l’ordre soient rendues à leur famille, ce qui est condamné par plusieurs ONG humanitaires. Mais il est inflexible sur le respect du droit. Une raideur qui, paradoxalement, le rend souvent moins populaire que Netanyahu.

Biden est exaspéré face à la surdité de Netanyahu

Les divergences entre Benny Gantz et Benjamin Netanyahu portent fondamentalement sur deux sujets : la libération des otages, que Gantz considère comme absolument primordiale, et la question de l’après-Gaza. Gantz a proposé de mettre en lace une administration américaine, européenne, arabe et palestinienne chargée de gérer les affaires civiles jusqu’à ce qu’un nouveau gouvernement puisse être formé à Gaza, période pendant laquelle Israël maintiendrait un certain degré de contrôle de sécurité.

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Ce n’est pas du tout l’option de Netanyahu, mais c’est assez proche des positions américaines sur le devenir de Gaza. En mars 2024, Benny Gantz avait été reçu à Washington avec tous les égards par les officiels les plus influents. Plus qu’un signe. Benny Gantz représente clairement l’option de « sortie de crise » de l’administration Biden, qui ne cache plus son exaspération face à la surdité persistante de Netanyahu.

Christian Makarian

 

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