L’accord de trêve à Gaza, rendu possible « parce que Trump a mis la pression » : Voici ce qu’il s’est passé

Evan Vucci/AP/SIPA

33 otages libérés en échange d’un millier de prisonniers palestiniens, et un cessez-le-feu à Gaza, c’est ce que prévoit l’accord qui doit être signé dimanche. Est-ce « l’effet Trump » ? Le spécialiste du Proche-Orient Gilles Kepel était ce jeudi l’invité de David Abiker sur Radio Classique. Il a détaillé le mécanisme qui a permis cette avancée.

« C’est une affaire tout à fait extraordinaire ». Gilles Kepel, politologue, auteur du livre Le Bouleversement du monde, l’après-7 octobre, édité chez Plon estime qu’avec cette avancée dans le dossier du Proche-Orient, on assiste à la fin du « monde westphalien », qui établit une relation égalitaire entre les Etats souverains.

En effet, l’intervention de Donald Trump marque un changement profond dans les habitudes diplomatiques. La semaine dernière, « il a isolé deux minutes de la vidéo d’un universitaire américain qui insulte le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, le traite de deep dark son of a bitch », raconte Gilles Kepel. Trump le poste sur son réseau social Truth social, sans y ajouter de commentaire.

Benjamin Netanyahou, furieux, annonce le lendemain qu’il ne se rendra pas à l’investiture de Trump le 20 janvier. Aussitôt, il reçoit un coup de fil de l’envoyé spécial américain pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff. Ce n’est pas un détail, souligne Gilles Kepel, celui-ci est « est promoteur immobilier à New York. [Or] l’un des grands enjeux est la reconstruction. Il y a une guerre du BTP pour reconstruire Gaza, la Syrie, le Liban, et faire en sorte que Neom, la ville futuriste rêvée par les Saoudiens sorte de terre. Ce sont des enjeux absolument gigantesques dans lesquels le BTP américain essaie de se présenter ».

Trump ne peut pas être pris en flagrant délit de bluff

Cette rencontre entre Steve Witkoff et le premier ministre israélien se déroule en plein shabbat, jour chômé en Israël, signe de la puissance de négociation américaine. L’envoyé de Washington insiste pour que les otages israéliens soient libérés, car Trump, qui a promis que « l’enfer » s’abattrait si le Hamas ne rendait pas les otages, « ne peut pas être pris en flagrant délit de bluff ».

Car dans quelques jours, le président iranien Masoud Pezeshkian se rend à Moscou pour établir une grande alliance stratégique avec le président russe Vladimir Poutine. « C’est 3 jours avant son investiture, il faut absolument que Trump montre sa crédibilité internationale [et sa capacité] à transformer en action ce qu’il dit » détaille Gilles Kepel.

« Les Gafa se sont émancipés de toutes les règles de la diplomatie »

Un coup de pression qui a accéléré les négociations, pour aboutir à l’annonce d’un accord de cessez-le-feu. « Netanyahou a été obligé de céder », analyse Gilles Kepel. Aujourd’hui la paternité de cet accord est contestée par l’actuel président américain Joe Biden, qui assure avoir une part dans ce qui est proposé aux Israéliens et au Hamas.

« Oui, [l’administration Biden] aurait pu le faire, mais [l’accord n’est permis] que parce que Trump met la pression » objecte le politologue.

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S’agissant de cette stratégie de Trump de publier une déclaration sur les réseaux sociaux pour débloquer une situation, Gilles Kepel observe qu’Elon Musk a fait la même chose : « Il a utilisé X pour discuter avec la patronne de l’AfD allemande. Les Gafa se sont émancipés de toutes les règles de la diplomatie. On a l’impression que la diplomatie de ‘Grand Papa’ a vécu, et que c’est le langage du business immobilier – avec son vocabulaire qui n’est pas le même que la Chancellerie – qui l’emporte ».

Béatrice Mouedine

 

 

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