« Donald Trump essaie de faire tomber les contrepoids que Tocqueville jugeait essentiels à la survie de la démocratie américaine » constate Françoise Mélonio

CNP/NEWSCOM/SIPA

Depuis sa réélection, Donald Trump multiplie les annonces et les réformes suscitant de vifs débats, tant sur la scène nationale qu’internationale. Invitée de la matinale, Françoise Mélonio, historienne et spécialiste d’Alexis de Tocqueville, rapporte la vision de l’un des plus grands penseurs de la démocratie sur notre monde actuel.

Issu d’une famille aristocratique, Alexis de Tocqueville s’est très tôt interrogé sur le passage d’un monde ancien, fondé sur les privilèges, à un monde nouveau : celui de la démocratie. Pour ce faire, il est parti aux Etats-Unis. De ce voyage naît De la démocratie en Amérique, ouvrage visionnaire devenu un « best-seller européen » comme le qualifie Françoise Mélonio. « Il voulait savoir si une démocratie pouvait vivre sans révolution, sans convention, sans guillotine. D’où le choix de partir aux États-Unis. »

Lors de son séjour, Tocqueville rencontre le président Andrew Jackson, figure populiste qu’admire le président des Etats-Unis actuel : « C’est le président dont Donald Trump a choisi de mettre le portrait dans le Bureau ovale. […] Andrew Jackson était hostile au pouvoir fédéral, ce qui n’est pas sans rapport avec ce que fait Donald Trump. Il était hostile à la Banque des États-Unis au motif qu’elle était aristocratique, ce qui n’est pas plus étranger à l’attitude de Donald Trump. Et il a été le premier président à ne pas tenir compte d’une décision de la Cour suprême, ce qui a été cité par le vice-président comme modèle possible. » Des éléments inquiétants puisque « Donald Trump essaie de faire tomber tous les contrepoids que Tocqueville jugeait essentiels à la survie de la démocratie américaine », tentant alors de suivre les pas de son prédécesseur Andrew Jackson.

Un penseur toujours d’actualité

Françoise Mélonio explique que Tocqueville avait prédit des dérives : « la tyrannie des assemblées », l’affaiblissement des institutions, la montée d’un Etat-providence étouffant l’initiative. « Il dénonçait déjà le cancer de l’assistanat, […] mais n’incitait pas à se désintéresser du sort des classes populaires […]. Il voulait une montée en puissance des collectivités territoriales de façon à ce qu’on puisse faire accéder à l’autonomie les classes populaires à travers tout un système d’incitation. » Surtout, Tocqueville défendait le « temps de la réflexion », la lenteur des institutions : « Il est très sensible à la nécessité du temps de la réflexion. Les contre-pouvoirs, leur mérite, est précisément le temps de la réflexion. »

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Visionnaire mais concret, Françoise Mélonio raconte que Tocqueville pensait la démocratie comme un équilibre fragile entre liberté et égalité. Il entrevoyait déjà un monde bipolaire dominé par les Etats-Unis et la Russie, intuition impressionnante pour son époque. « C’est un visionnaire mais en même temps, ce n’est pas un esprit abstrait, c’est-à-dire que c’est quelqu’un qui réfléchit toujours à partir de l’enquête et d’une pratique politique. » Face aux excès du trumpisme, sa pensée résonne comme un avertissement : la démocratie ne tient pas à la force d’un homme, mais à la solidité des institutions.

Daphnée Cataldo

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