La dette comme une « grâce divine » de l’Etat, l’analyse du théologien Jean-François Colosimo

SYSPEO/SIPA

C’est une analyse audacieuse qu’a livrée le spécialiste des religions Jean-François Colosimo dans l’émission Esprits Libres de ce mardi 4 novembre. Il est revenu sur les origines philosophiques de notre système de protection sociale, et y voit une substitution de l’Etat à Dieu.

Jean-François Colosimo décrit le basculement fondamental qui naît au 17ème siècle, l’entrée dans la modernité : « L’État prend la place de Dieu. Il est omnipotent comme Dieu, il peut tout, il est omniscient comme Dieu, il sait tout », explique-t-il. Loin d’être une simple organisation administrative, il prend une place considérable dans l’esprit des citoyens français. L’Etat est « providentiel, et assure votre perpétuation ».

Le théologien poursuit sur la notion de dette, en pointant un paradoxe linguistique révélateur : « On a inventé en France ce terme de prestation sociale. Mais en fait en bon français, une prestation, c’est quoi ? C’est un service contre un paiement. » Or, les prestations sociales françaises relèvent, selon lui, de « la pure gratuité », un « don de Dieu » transposé dans le cadre républicain.

L’Etat-Dieu dispense sa grâce

Jean-François Colosimo estime que cette gratuité rappelle la grâce divine dans la tradition catholique, que Dieu « dispense sur tout le monde », contrairement à la conception protestante d’une grâce réservée aux élus. La France, « fille aînée de l’Eglise », aurait ainsi infusé dans sa République « ce sentiment du peuple » hérité de son essence catholique.

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Et si la véritable solidarité consistait à « donner aux gens les moyens de leur autonomie » ? C’est ce que suggère Jean-François Colosimo, qui déplore que le système actuel « crée véritablement des gens dépendants » et une dépense publique « devenue comme une drogue ».

Béatrice Mouedine

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