Disparue il y a 30 ans, Ella Fitzgerald fut une icône majeure du XXe siècle, dont la voix a profondément marqué les esprits. De son enfance précaire à son ascension fulgurante, l’écrivain Jean-Pierre Jackson retrace le destin hors normes de la First Lady of jazz dans une nouvelle biographie de référence tout juste parue chez Actes Sud. Il revient notamment sur l’arrestation de la chanteuse à Houston.
En 1954, Ella Fitzgerald accepte de signer un contrat avec le producteur Norman Granz. C’est le tournant de sa carrière, puisqu’il crée dans la foulée le label Verve qui, disons les choses, a été quasiment consacré à Ella Fitzgerald. C’était son label, et c’est à cette période qu’elle devient une star, qu’elle entame sa fameuse série de Song Books : ces albums où elle appose sa voix sur des compositions de jazzmen célèbres.
« Dans les années 50, j’ai commencé à chanter avec un style nouveau », dira-t-elle, « choisissant des auteurs de chansons pour les chanter. Cole Porter fut le premier. » De 1956 à 1964, elle a publié pas moins de 250 titres répartis sur 19 Song Books, qui sont tout à fait uniques, chacun dans son genre.
Ella Fitzgerald attaquée sur scène par un homme drogué
Le succès commercial est total, la critique est dithyrambique, et elle rafle deux récompenses lors de la première cérémonie des Grammy Awards, en 1958. C’est un succès complètement vertigineux, et qui n’est pas sans danger.
En juillet 1957, lors d’un concert au Warner Theatre, où sont programmés Louis Armstrong et Lionel Hampton en même temps qu’elle, elle est attaquée sur scène par une espèce de drogué psychotique qui s’appelle William Edward Fitzgerald et qui la prend pour la femme qui l’avait quitté.
Un travail acharné d’Ella Fitzgerald pour avoir cette voix exceptionnelle
Évidemment, quand on est une superstar, tout est possible. Si Ella Fitzgerald est aujourd’hui considérée comme la légende absolue du jazz, la First Lady of Song dans le monde du jazz, ce statut ne s’est pas fait tout seul, n’a pas été acquis par hasard.
Quand on la voit dans les films, on se dit que c’est naturel, qu’elle n’a qu’à claquer des doigts pour chanter aussi bien. Mais ce n’est pas ça, la vérité.
Dans les faits, tout ce qu’Ella Fitzgerald a construit, elle l’a fait par son travail, par une sorte de labeur extrêmement exigeant, extrêmement précis. Elle a travaillé tous les jours de l’année, pendant des années, sans prendre de pause.
Ella Fitzgerald en garde à vue pendant plusieurs heures
A-t-elle souffert de cette enfance difficile et de la ségrégation qui l’accompagnait ? Oui. Par exemple, au cours d’un concert à Houston, au Texas, la police envahit sa loge sans raison, l’arrête, ainsi que Dizzy Gillespie, d’ailleurs, et d’autres musiciens. On les emmène au commissariat.
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Elle va rester en garde à vue plusieurs heures et, pourtant, le policier de garde profite de l’occasion pour lui demander un autographe. Voyez l’extraordinaire perversité de la situation de la ségrégation.
Elle demeurera toujours une grande adepte des droits civiques et, vous savez à quel point sa présence dans ce combat, dans les années 1960, a joué un rôle absolument déterminant.
Franck Ferrand
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