Alors que les prix des billets de train s’envolent, suscitant l’indignation des Français, le chiffre d’affaires de la SNCF, lui, peine à décoller. Entre les grèves, le manque de rames et l’inflation, l’entreprise publique doit arbitrer. Faut-il faire payer plus certains usagers ?
C’est vrai qu’il y a une forme de paradoxe. La SNCF n’a jamais vendu autant de billets. Les TGV sont pleins et les Français n’arrêtent pas de se plaindre des prix des billets, comme si la SNCF n’arrêtait pas de nous matraquer en pratiquant des tarifs astronomiques.
La vérité des chiffres est cruelle. Sur le premier semestre 2023, le chiffre d’affaires est stable, il cède même un modeste 0,1 %, tandis que le bénéfice net a été divisé par six. Le groupe n’a même pas gagné 160 millions d’euros contre presque un milliard sur la même période l’an dernier. Les trains sont pleins, mais les caisses, elles, ne le sont pas.
Pourquoi les billets sont-ils si élevés alors que le chiffre d’affaires de la SNCF reste bas ?
La faible hausse du chiffre d’affaires n’a rien de mystérieux. Il est dû à l’effet grève. Même si la fameuse réforme des retraites ne concernait que très marginalement le personnel SNCF, les arrêts de travail se sont multipliés. Et quand il y a moins de trains, il y a en général moins de voyageurs et donc moins de recettes. Le manque à gagner s’évalue à 500 millions d’euros.
En revanche, pour ce qui concerne les dépenses, tout a augmenté, du fait de l’inflation. La SNCF consomme beaucoup d’électricité et de fournitures diverses, en plus d’être une entreprise de service public où Jean-Pierre Farandou cherche souvent à acheter la paix sociale : les salaires ont ainsi augmenté de deux fois 6 % en moyenne en 2022 et 2023.
Les prix des billets de trains en France sont parmi les plus bas en Europe
Le train n’est pas donné en France mais c’est plus cher en moyenne presque partout ailleurs. En plus, on compare souvent le prix d’un TGV inOui avec un vol low cost dans l’aérien mais si on compare un Ouigo à un vol Air France, force est de constater que ce n’est pas si cher.
Pour gagner plus, la SNCF devrait vendre plus de billets plus chers mais ils ont un double problème. Le premier c’est qu’ils manquent de nouvelles rames TGV. Ils n’ont plus assez de places à vendre les jours de grands départs, tandis que sur les prix, leur marge de manœuvre est politiquement limitée car l’État contrôle l’entreprise et souhaite que les prix ne flambent pas.
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En conséquence, les tarifs sont quasiment encadrés, et la SNCF cherche à faire payer un peu plus les personnes aisées ou ceux qui peuvent et qui commencent à râler et à multiplier les promotions et les cartes de réduction. Tout cela pèse sur les revenus de la SNCF qui souffre mais qui va quand même faire le plein cet été.