Au temps de MeToo et de l’anticapitalisme, Barbie remporte un étonnant succès depuis sa sortie le 19 juillet en France. Alors que le film de Greta Gerwig se veut fortement féministe, il fait l’apologie d’un jouet stéréotypée et contesté et ouvre un boulevard au géant américain du jouet : Mattel. Quelles sont les raisons de ce triomphe ?
Le film Barbie est parti pour être le grand succès de l’été et peut-être même de l’année, puisque c’est le film qui a vendu le plus de billets sur sa première semaine depuis janvier. Cette bonne nouvelle pour Hollywood prouve que le grand écran peut encore concurrencer Netflix et attirer un public familial.
Cela prouve aussi que pendant des décennies on a eu tort en France de ne pas sortir de films l’été. On pensait qu’en juillet et en août personne ne voulait aller dans les salles de cinéma et donc dans les années 1980, il n’y avait presque pas de nouveautés l’été. Aujourd’hui, force est de constater qu’il n’y a plus vraiment de saison dans le cinéma. Le plus important est de produire un bon film. À cet égard, le film Oppenheimer rencontre d’ailleurs un grand succès aussi.
Barbie est le film le plus vu la première semaine de sa sortie en salle depuis le début de l’année
Ce succès s’explique d’abord par le fait que le personnage principal du film soit connu. Les poupées Barbie se vendent moins bien qu’avant mais tout le monde les connaît.
De plus, sur le fond, les critiques considèrent que le film est réussi. La réalisatrice et les producteurs ont trouvé le bon ton entre auto-dérision et sérieux. C’est un film qui se moque gentiment de Barbie et de sa vision du monde mais qui n’en fait pas pour autant un personnage ridicule.
Ce n’est pas forcément un film féministe mais c’est un film qui interroge sur la place et l’image de la femme et sur la beauté plastique. Il prend ses distances avec une poupée inventée à la fin des années 50 qui a longtemps été le symbole de la femme objet ou de la vision caricaturale de l’épouse parfaite. C’est un film qui du coup est contemporain et qui peut s’adresser aux femmes comme aux hommes. Aux jeunes comme aux plus vieux.
Le film Barbie, une opération très lucrative pour le géant américain Mattel
Ce succès pourra profiter aussi bien à l’équipe du film, à Hollywood qu’à Mattel. Le groupe américain qui vend des Barbie, des petites poupées Polly Pocket, ainsi que des voitures miniatures comme les Hot Wheels ou les Matchbox, mais aussi les jouets pour bébés Fisher Price ou les jeux de société comme Uno. Le groupe a longtemps été numéro un mondial du jouet mais a été doublé par Lego et a perdu de sa superbe.
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C’est eux qui auraient dû être derrière le succès d’un film comme Toy Story ou derrière les films de super-héros. Ils se sont rendu compte qu’ils avaient besoin de soutenir leurs ventes en valorisant mieux leurs propriétés intellectuelles. Il ne faut pas juste vendre à Noël, il faut occuper le terrain régulièrement pour rester populaire. Là, ils font coup double ils vont gagner de l’argent grâce au film et ils vont sans doute voir repartir en flèche les ventes de Ken et de Barbie.