Après plusieurs semaines de suspense, on sait qui est le repreneur du groupe Casino : le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky associé au Français Marc Ladreit de Lacharrière. Le favori l’emporte, non pas par KO, mais faute de combattants. Le trio Zouari, Neil, Pigasse, intéressé par la reprise du distributeur en difficulté, a renoncé au dernier moment à candidater.
Réuni ce 17 juillet, le conseil d’administration de Casino a donné son accord pour entamer des négociations exclusives en vue d’un rachat de Casino et de ses filiales Monoprix et Franprix. Son projet : effacer 6 milliards d’euros de dettes, via des conversions de créances en capital, mais aussi via un apport d’argent frais, de l’ordre d’un milliard 200 millions d’euros.
Depuis quelques jours, la balance penchait clairement en faveur de cette offre. Un peu trop d’ailleurs au goût du trio d’entrepreneurs, réuni sous le nom de 3F. Ils ont dénoncé dans un communiqué un process biaisé qui n’a pas donné « une chance équivalente à tous les candidats ». Ils ont affirmé par exemple ne pas avoir reçu certaines informations financières alors que Casino, perclus de dettes, ne génère pas assez de cash pour s’en sortir seul.
Si Daniel Kretinsky s’intéresse à un groupe de distribution qui semble plutôt en perte de vitesse, c’est d’abord parce que c’est une stratégie lui a plutôt bien réussi par le passé. Le milliardaire a construit son empire dans les centrales à charbon, à un moment où personne ne voulait plus investir. La flambée des cours après la guerre en Ukraine lui a rapporté gros.
Daniel Kretinsky doit obtenir l’aval de ses créanciers
Le groupe est déjà très présent dans la distribution alimentaire ou non, en Allemagne, en Angleterre mais aussi en France avec des parts dans Fnac Darty et Foot Locker. Dans un entretien aux Echos lundi, Daniel Kretinsky expliquait sa philosophie : investir dans des services essentiels à la population, un secteur où il n’est pas nécessaire d’être un expert, comme pour les nouvelles technologies.
Enfin, il évoque aussi une dimension émotionnelle : « Je suis francophile ». Un message adressé notamment aux pouvoirs publics très attentifs aux sorts des nombreux employés du groupe en France. Daniel Kretinsky a franchi une première étape. Il doit maintenant obtenir l’aval des créanciers.
Désendetté, Casino pourrait redevenir un acteur de poids face à Leclerc et Carrefour
Il a déjà le soutien de certains d’entre eux, dont le fonds Attestor, qui a semble-t-il été décisif dans le choix final. Une chose est sûre, le milliardaire veut aller vite, car il y a urgence, le distributeur perdrait 100 millions d’euros par mois en ce moment.
Casino a perdu des parts de marchés en France. La marque surtout n’avait pas les reins assez solides pour faire face à la concurrence acharnée sur les marges dans un contexte de flambée des prix alimentaires.
Pour Daniel Kretinsky, le problème de Casino n’est que financier.
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Désendetté, il pourrait redevenir un acteur de poids face à Leclerc, Carrefour, Aldi et autre Lidl. Il s’est d’ailleurs engagé à maintenir l’emploi au siège social, mais aussi et surtout à maintenir l’intégrité du groupe, de quoi rassurer les salariés qui craignaient un dépeçage du groupe stéphanois.
Pierrick Fay