Le risque de black-out va-t-il encore peser sur la France cet hiver ? Si l’an dernier la situation était restée sous contrôle, cette saison 2023/2024 continue de rester sous surveillance, malgré des signaux positifs.
Il y a un an, tous les éléments semblaient ligués contre nous pour nous exposer à un risque de black-out : quand le réseau électrique tombe parce que la demande est supérieure à l’offre. On avait déjà enregistré une brusque chute des importations de gaz russe à la suite de l’invasion de l’Ukraine. On n’avait pas de capacités pour importer plus de GNL, le gaz naturel liquéfié. Et dans le même temps, le parc nucléaire d’EDF était affecté par des problèmes de corrosion et tournait au ralenti. Pas assez de gaz, pas assez d’électricité… si on n’avait pas fait preuve de sobriété, si l’hiver avait été froid, on aurait eu un accident.
Cette année, on est mieux préparé. Tout n’est pas parfait, mais la situation est bien meilleure qu’à l’aube de l’hiver dernier. Le parc nucléaire français tourne beaucoup moins au ralenti. L’an dernier, seulement une trentaine de réacteurs produisaient sur une cinquantaine au total. Cette année on en est déjà à 37.
Les stocks de gaz pleins quasiment à 100%
EDF a augmenté sa production d’électricité de plus de 8% depuis le début de l’année et on sera à 10-12% de plus cet hiver. Autre élément positif, on a rempli nos stocks de gaz à presque 100%. On a signé des contrats d’approvisionnement pour importer du GNL et on possède maintenant un méthanier flottant dans le port du Havre pour en importer encore plus. Et les réserves hydrauliques, dans les barrages, sont 25% plus élevées que l’an dernier.
On peut donc être confiant à l’approche de l’hiver, mais il ne faut pas relâcher notre effort. L’an dernier on a passé l’hiver parce qu’on a aussi réduit notre consommation de gaz et d’électricité d’environ 10%. Aujourd’hui les prix restent plus élevés qu’avant l’invasion de l’Ukraine mais ils ont baissé par rapport à l’an dernier.
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Il ne faudrait pas que cela nous pousse collectivement à consommer plus. En particulier si après un début d’automne très doux, la météo devenait plus dure. On s’est armé pour affronter une crise énergétique de façon conjoncturelle. Mais la vraie solution de long terme consiste à trouver une réponse structurelle. On doit renouveler notre parc atomique, investir dans les renouvelables comme dans les économies d’énergie. Cela va prendre du temps et coûter de l’argent. Mais si on ne veut pas avoir à se demander tous les ans si on va passer l’hiver, il faut que l’on retrouve une vraie marge de manœuvre énergétique.
David Barroux