Pénurie de médicaments : « Il y a un échec collectif de tous les acteurs » du secteur

Mourad ALLILI/SIPA

La France fait toujours face à une pénurie de médicaments et les tensions sur le marché mondial devraient persister cet hiver. L’ampleur du problème est « assez large » selon Thierry Hulot, président du Leem. Le représentant des entreprises françaises du médicament était l’invité de la matinale de Radio Classique ce mercredi.

Le président du Leem (Les Entreprises du médicament) était reçu vendredi dernier par le ministre de la Santé Aurélien Rousseau, avec l’objectif d’établir un plan de lutte contre la pénurie de médicaments qui sévit actuellement en France.

Thierry Hulot l’assume d’emblée : « On a raté quelque chose, il y a un échec collectif de tous les acteurs de la chaîne du médicament ». Aujourd’hui, un peu plus de 3000 références de médicaments sont en tension avec des risques d’approvisionnement : « Ça grince un peu de partout » déplore le représentant du Leem au micro de David Abiker.

La demande de médicaments augmente

La difficulté principale réside aujourd’hui dans le processus de fabrication des médicaments, devenu « extrêmement complexe » selon Thierry Hulot, d’autant plus que la production de certains a été « délocalisée en Asie du Sud-Est ».

De tels déplacements entraînent une multiplication des étapes dans la chaîne d’acheminement des médicaments : « Quand il y a un grain de sable chez le énième sous-traitant, aucun médicament ne sort le temps que l’information nous parvienne ».

A la complexité de la fabrication s’ajoute l’augmentation de la demande de médicaments, liée au fait que « de plus en plus de pays ont un vrai système de santé ». Il s’agit évidemment d’une évolution dont « il faut se réjouir » pour Thierry Hulot, mais « la demande augmente de 4 à 6%, et progresse plus vite que l’on ne construit des usines ».

Un problème de transmission de l’information

Pour le président du Leem, la pénurie de médicaments actuelle ne s’explique pas uniquement par une quantité produite trop faible : « le problème, c’est qu’on ne sait pas vraiment où sont les stocks ». Les entreprises du médicament ont développé il y a quelques années un logiciel permettant de gérer l’ensemble de leurs réserves, en lien avec l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé).

La priorité est aujourd’hui de « connecter » cette base d’informations « à celle des grossistes et des pharmacies d’officine » : des points de vente où le pharmacien délivre, stocke et prépare les médicaments. Une telle avancée permettrait certes de « fluidifier le système » mais « ne règlera pas tout » insiste Thierry Hulot. Il s’agit seulement d’un axe d’amélioration à étudier.

« C’est un raccourci de dire qu’il y a des pénuries parce que les prix sont élevés »

Un « énorme retard » en termes d’accès aux « dernières innovations thérapeutiques » s’observait il y a quelques années en France, particulièrement en comparaison avec d’autres pays européens.

Malgré quelques progrès, « il faut garantir qu’un patient ait aussi bien accès à un traitement du quotidien pour un rhume qu’à la dernière innovation thérapeutique ». Sur ce sujet, le représentant des entreprises du médicament écarte en partie l’argument de tarifs trop élevés : « C’est un raccourci, le prix est l’une des composantes » mais n’explique pas tout pour le diplômé en pharmacie.

A lire aussi

 

Depuis des décennies, la recherche a fait d’immenses progrès dans le traitement de maladies graves. Il y a 30 ans, il n’y avait aucun médicament pour soigner la sclérose en plaques. « Aujourd’hui, il y a des traitements oraux que l’on n’est même pas obligé de prendre tous les jours ». Pour Thierry Hulot, un exemple comme celui-ci « montre que le médicament n’est pas porteur de problèmes mais de solutions ».

Paul Cassedanne

Retrouvez tous les articles liés à l’actualité économique