« Dans la minute qui suit l’arrivée au pouvoir du RN », les taux d’intérêts français pourraient « exploser » avertit l’économiste Elie Cohen

JEANNE ACCORSINI/SIPA

« La peur gagne les marchés financiers », titre ce matin le journal Les Echos. Les investisseurs redoutent la possible arrivée au pouvoir du Rassemblement national à l’issue des législatives anticipées. La vie des Français pourrait être bouleversée, a expliqué l’économiste Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS, ce vendredi matin dans la matinale de Radio Classique. 

Les investisseurs ont « un brouillard total » devant eux, décrit Elie Cohen, or, on le sait, les marchés n’aiment ni l’incertitude, ni l’instabilité, ni l’imprévisibilité. À cela s’ajoute une grande confusion : les opérateurs économiques entendent un discours politique central qui dit d’un côté « que la dette et les déficits sont insoutenables, que la France pourrait être dans une situation grecque dans quelques mois », et de l’autre, les candidats promettent « des dizaines de milliards de dépenses et d’engagements supplémentaires ».

En cas de victoire du Rassemblement national aux législatives, Elie Cohen prédit un risque immédiat pour l’économie française : « Le jour où le [RN] arrive au pouvoir, dans la minute qui suit, vous verrez les taux [d’intérêts de la France] exploser, et le coût de la dette augmentera immédiatement ». L’invité de David Abiker rappelle que l’annonce de la dissolution et donc la perspective d’un RN remportant les législatives anticipées a entraîné une attaque de la France sur les marchés financiers, avec un écart qui s’est brutalement dégradé entre le taux d’emprunt à 10 ans français et allemand.

Une application du programme RN a minima

Le parti de Jordan Bardella a pourtant mis de l’eau dans son vin, en renvoyant à 2026 un certain nombre de mesures : la remise en cause de la réforme des retraites, la suppression de l’impôt sur le revenu pour les moins de 30 ans, le prêt à taux zéro pour l’accession à la propriété. D’autres projets sont ne sont pas repoussés : la baisse de la TVA de 20 à 5,5% et la suppression des cotisations sociales pour les entreprises augmentant leur masse salariale de 10%.

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Mais l’hypothèse d’une application a minima du programme RN ne rassure pas le monde économique. Elie Cohen cite une évaluation réalisée par l’Institut Montaigne qui chiffrait à 120 milliards d’euros les dépenses supplémentaires engendrées, face à seulement 20 milliards de recettes. L’économiste « sauve » toutefois des ambitions RN les mesures immobilières : « l’effort très significatif sur l’investissement immobilier, je trouve ça tout à fait nécessaire ». 

Béatrice Mouedine

 

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