Législatives : « Une cohabitation sera très difficile à vivre » pour Emmanuel Macron, selon la constitutionnaliste Anne-Charlène Bezzina

Jacques Witt/SIPA

Ces législatives anticipées constituent « une première historique », selon Anne-Charlène Bezzina. Maître de conférences en droit public à l’Université de Rouen, elle était l’invitée de la matinale de Radio Classique ce jeudi 13 juin pour commenter cet évènement inédit dans la Vème République : une élection convoquée dans la foulée d’autres élections, comme une sorte de « résultat » du scrutin. 

La dissolution est une « solution démocratique à une crise institutionnelle », décrypte Anne-Charlène Bezzina. Cette « arme stratégique » a déjà servi dans le passé, pour permettre au président de suivre le mouvement de l’opinion, mais aujourd’hui on assiste plutôt à une dissolution « à la japonaise, en forme d’hara-kiri ». Un choix que ne semble pas approuver la constitutionnaliste : « elle nous emporte dans des législatives de poche qui vont complètement dramatiser les positions politiques. Le pays avait-il vraiment besoin de ça ? »

Dissoudre l’Assemblée nationale après l’échec de la majorité présidentielle aux européennes au profit de l’extrême droite, c’est comme si le Palais Bourbon était « rendu responsable ». Anne-Charlène Bezzina estime qu’Emmanuel Macron a même « renversé la table » en prenant cette décision, arguant que « traditionnellement, il ne se passe rien à la suite du scrutin des européennes, pas de changement de cap ni de Premier ministre ». En réalité, Emmanuel Macron chercherait plutôt à gagner du temps avant une dissolution qui se profilait de toutes façons à l’automne.

Un risque de retomber dans une sorte de IVème République

Que peut-il se passer après ces législatives ? Un des trois blocs obtient la majorité absolue et peut gouverner. C’est la solution la plus simple. Le deuxième scénario, le plus probable, rappelle celui de 2022, avec une énorme différence, pointe la politologue : « à l’époque des partis plutôt centraux permettaient de créer des alliances. Aujourd’hui, il est impossible d’imaginer mettre d’accord un bloc d’extrême droite, d’extrême gauche et d’extrême centre sur un budget, ou l’envoi d’armes à l’international ! » L’autre danger majeur est de voir des majorités incapables de s’allier, face à des oppositions qui se coalisent : « on aurait un premier ministre tous les 15 jours, [comme lors de] la IVème République ». 

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Malgré ces chiffons rouges agités par les observateurs, Emmanuel Macron a exclu hier de démissionner. « Rien de l’oblige » à le faire, analyse Anne-Charlène Bezzina, ajoutant toutefois qu’ « une cohabitation serait idéologiquement très difficile à vivre […] avec un bloc extrême, surtout sur des questions aussi épineuses que la politique étrangère ». L’option d’un président qui « craque » lui semble envisageable.

Béatrice Mouedine

 

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