C’est la grande surprise de cette soirée électorale du dimanche 9 juin : l’annonce par Emmanuel Macron de la dissolution de l’Assemblée nationale, dans la foulée des résultats des Européennes. Le RN est arrivé très largement en tête avec 31,5%, devant la majorité présidentielle, qui affiche un net recul par rapport à 2019.
« Emmanuel Macron a probablement souhaité créer la surprise », analyse Martial Foucault, politologue et directeur du Cevipof. Il faut dire que le président avait indiqué à maintes reprises que le résultats des européennes ne devait pas être interprété sur le plan national. « En revanche, il est assez fidèle à ses coups politiques » ajoute l’invité de David Abiker.
Mais le président a-t-il fait le bon choix ? Pour Martial Foucault, la dissolution n’est pas souhaitable, pour deux raison. D’abord, « rien ne garantit qu’à l’issue du deuxième tour [des législatives] le 7 juillet prochain, il y ait une majorité très claire pour une famille politique, lui permettant de gouverner le pays ». C’est le risque « d’arriver de nouveau à une situation de blocage ».
Emmanuel Macron et la politique du pire
La deuxième raison pour laquelle il aurait dû s’abstenir, selon le politologue, trouve ses racines dans la lecture des institutions. Emmanuel Macron dissout l’Assemblée nationale après un scrutin européen, alors qu’il a eu plusieurs occasions de le faire depuis sa réélection : « la réforme des retraites a provoqué beaucoup de contestations et de tensions et a affaibli la capacité de la majorité à gouverner par des compromis et des consensus ».
Martial Foucault s’interroge alors : « est-ce qu’Emmanuel Macron souhaite finalement la politique du pire, en se disant que si le Rassemblement National est appelé à gouverner le pays, les Français pourront juger sur pièce, et se rendront compte en 2027 que c’est un parti qui n’a pas la capacité de gouverner ? ». Un scénario qu’il dénonce : « on joue avec les institutions politiques ».
8 millions de Français ont voté pour Jordan Bardella
Il souligne également qu’on a longtemps dit que le scrutin majoritaire à deux tours, celui des élections législatives, n’était pas favorable au Rassemblement national, « parce qu’il y avait une sorte de plafond de verre ». Mais aujourd’hui « la donne est nouvelle » selon lui, pointant que Jordan Bardella a rassemblé hier environ 8 millions de Français, soit exactement le score obtenu par Marine Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle.
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Martial Foucault estime que l’enjeu de ces prochaines législatives, qui auront lieu le 30 juin et le 7 juillet, sera « la participation ». « Si la participation est grande, le RN peut viser le score de Marine Le Pen au 2nd tour ». « C’est un pari fou », résume le directeur du Cevipof : » espérer que toutes les forces politiques se mobiliseront contre le RN [correspond] aux temps anciens ». Le vote RN aux élections européennes est « à la fois un vote anti-Emmanuel Macron, anti-majorité, puissant, qui ne changera pas en trois semaines ».
Béatrice Mouedine
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