Théâtre et politique : De la Grèce antique à Sartre et Camus, Christophe Barbier vous raconte leurs liens indéfectibles

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La politique et le théâtre sont « deux frères jumeaux inséparables », a résumé ce matin Christophe Barbier dans l’émission Esprits libres. Le journaliste et comédien, qui joue en ce moment au Théâtre de Poche Montparnasse, Le Tour du théâtre en 80 minutes, a brillamment exposé les liens entre théâtre et politique.

L’histoire de la politique, comme celle du théâtre, commence en Grèce antique. La démocratie et le théâtre sont inventés en même temps. La première – pour qu’elle soit vraie – doit avoir sa propre critique, sa propre contestation. Le théâtre sera chargé de cela. Quand Richelieu, à travers l’Académie française, se mêle de la querelle du Cid, c’est pour faire rentrer Corneille dans son cercle de poètes attitrés.

Louis XIII, puis Louis XIV font de la politique avec le théâtre. Le Roi Soleil organise de grandes fêtes, mettant à l’honneur la comédie-ballet, il danse aussi sur scène. Ces liens avec la politique sont aussi visibles quand il demande à Molière d’écrire des pièces critiquant les courtisans, cela donne Le Misanthrope, ou contre les religieux, c’est Tartuffe. Mais le roi interdit et censure aussi. Il fait de la politique pour contrôler le pouvoir.

Labiche sert le Second Empire

Napoléon prend des cours de diction avec le comédien Talma, il réforme la Comédie française depuis Moscou en 1812. Il fait passer ses idées et surtout le miroir de l’empire à travers le théâtre.

Plus tard, Eugène Labiche sert merveilleusement le Second empire quand les commerçants enrichis de la cagnotte vont dépenser leurs sous à Paris. Ils gagnent de l’argent parce que les banques et le commerce se tiennent. Grâce au chemin de fer, ils peuvent aller à Paris faire la fête sur les boulevards, percé par le baron Haussmann.

Georges Feydeau sera l’homme de la IIIe République. La Dame de chez Maxim, c’est ce que l’on va voir quand on vient à Paris pour les expositions universelles. Paris rayonne et Feydeau est l’auteur de ce rayonnement.

Une tribune dans Libération signée par le directeur du Festival d’Avignon

Plus près de nous, Sartre et Camus ont aussi parfaitement illustré les liens entre théâtre et politique. C’est une bataille de philosophes à la terrasse des cafés de Saint-Germain-des-Prés, c’est aussi une bataille d’auteurs dramatiques : Les Mains sales contre Les Justes. On retrouve encore aujourd’hui ces deux formes de gauche :  une gauche révolutionnaire et une gauche humaniste.

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Le théâtre et la politique sont restés jumelés jusqu’à aujourd’hui. Dans les colonnes de Libération de ce mardi 4 juin, le metteur en scène et directeur du Festival d’Avignon Tiago Rodriges et Boris Charmatz, chorégraphe et directeur du Tanztheater Wuppertal Pina-Bausch et du projet Terrain signent une tribune  pour appeler les candidats aux élections européennes à mettre fin à leur « mutisme » sur la culture et les arts. Ils ont une position politique.

Théâtre et politique sont inséparables depuis 2500 ans. C’est ce qui fait aussi notre manière d’être ensemble, des êtres vivants qui débattent avec un texte vivant. On le voit dans les hémicycles, on le voit au théâtre.

Christophe Barbier

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