Le marchand d’art Johann Naldi prétend avoir élucidé le mystère de l’identité du célèbre tueur en série britannique Jack l’éventreur, en retrouvant un portrait longtemps disparu. Il évoque son métier de galeriste et ses théories sur le célèbre criminel dans la matinale de Radio Classique.
Depuis des années, Johann Naldi recherche les œuvres disparues de grands peintres du XIXème siècle afin de les « remettre en lumière ». Le galeriste, qui dit ses recherches animées par « la curiosité », se livre à une véritable « chasse au trésor ». D’autant que ces tableaux « peuvent vraiment surgir n’importe où », explique-t-il.
S’il avoue immédiatement qu’il n’existe « pas de méthode » ou de « secret » pour retrouver ces œuvres, il déniche habituellement ses trouvailles en fréquentant les salles de vente et les brocantes et en « fouinant sur les sites internet » à la recherche de « la pépite disparue ».
Un Courbet et plusieurs Delacroix
Il faut du nez, « et de l’œil, surtout », ironise-t-il, pour réussir à identifier à première vue les tableaux qui ont de la valeur. Il a ensuite recours à des méthodes scientifiques comme le scanner ou le prélèvement de pigments pour s’assurer de leur provenance ou de leur auteur. Le fait qu’un tableau soit signé ne constitue pas une preuve suffisante de son authenticité. « Cela le rend même suspect », indique-t-il, « tous les faux étant signés par nature ».
« Il y a encore énormément de tableaux non identifiés qui restent à être redécouverts », affirme Johann Naldi, « parfois même de très grands peintres ». Il dénonce un « dogme un peu absurde », répandu selon lui dans les milieux des spécialistes d’art, selon lequel « il n’y aurait plus aucune œuvre de grand maître à redécouvrir ». « Une véritable erreur » sur le plan scientifique, selon le marchand d’art.
Parmi ses trésors personnels se trouve un tableau « immense » de presque un mètre vingt de long représentant une baigneuse et attribué à Gustave Courbet, qu’il aurait acquis pour 650 euros à Drouaut. Après plusieurs recoupements et analyses scientifiques, le tableau a finalement été exposé au musée Courbet, à Ornans. Il affirme également détenir plusieurs Géricault dont une main, un dessin d’Eugène Delacroix et le « premier monochrome de l’histoire de l’art », tableau exposé en 1882 à l’occasion de l’exposition des arts incohérents à Paris.
« Quelque chose d’extrêmement louche dans son regard »
Redécouvrir des œuvres mène parfois le marchand d’art sur des pistes inattendues. Dans son livre L’unique portrait de Jack l’éventreur (L’Observatoire), publié en février 2024, Johann Naldi propose une solution au mystère, non résolu depuis 130 ans, de l’identité de Jack l’éventreur, qu’il aurait élucidé grâce à une peinture.
Dans une « petite vente aux enchères » à Avignon, le galeriste a fait l’acquisition, pour « quelques milliers d’euros », d’un tableau représentant un homme coiffé d’un chapeau. « Sans avoir aucune idée de l’identité du peintre, ni du modèle représenté », il décide de l’acheter après avoir « tout de suite senti qu’il racontait une histoire ». « Ce n’était pas un dandy », raconte-t-il, affirmant avoir décelé « quelque chose d’extrêmement louche dans son regard ».
Les nus « inquiétants » de Walter Sickert
Après avoir imaginé que l’œuvre ait représenté le détective Vidocq, un anarchiste poseur de bombe ou un personnage du roman Les Misérables, il conclut qu’il pourrait s’agir du célèbre criminel, auteur d’une série de meurtres à Londres en 1888.

Sa théorie s’appuie sur un ouvrage publié par la romancière Patricia Cornwell en 2002, dans lequel elle affirme que Jack l’éventreur n’est autre que le peintre Walter Sickert. Pour Johann Naldi, la découverte du tableau, qui représente un homme semblant partager les traits de Sickert, est une « confirmation par l’image de la théorie de Patricia Cornwell ».
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Pour la romancière et le galeriste, Sickert, artiste « inclassable » et seul peintre à avoir représenté la chambre de Jack l’éventreur, serait l’homme vers qui pointent de multiples éléments découverts au fil des années sur le célèbre meurtrier. Il avait peint de nombreux nus « inquiétants », pour lesquels « on hésite toujours entre une femme endormie et un cadavre », indique Naldi, ainsi qu’une série de tableaux sur le meurtre de Camden Town à Londres en 1907. D’après lui, l’auteur de la peinture serait Jacques-Emile Blanche, un peintre normand qui a été proche de Sickert.
Ella Couet
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