C’est le cauchemar des solistes : un instrument qui vous lâche, l’orchestre qui commence un morceau que vous n’avez pas travaillé, ou être tout simplement plongé dans le noir ! Tous ces exemples sont arrivés, parfois même aux plus grands.
Les incidents peuvent arriver lors des concerts de musique classique : une sonnerie de portable intempestive, des manifestations politiques et – plus rarement – des téléphones qui chutent de la scène. Découvrez ces moments qui ont permis aux musiciens de prouver leur virtuosité.
Ray Chen casse une corde pendant le Concerto pour violon de Tchaïkovski
« Ce fut un moment d’une maladresse spectaculaire et pourtant si excitant ». Le violoniste australien d’origine taïwanaise Ray Chen se souviendra longtemps de son concert de novembre 2021 à Seattle. En plein Concerto pour violon de Tchaïkovski, si puissant et virtuose, un « clac » a annoncé qu’une corde de son Stradivarius avait lâché. Comment poursuivre le concert ? En prenant une décision rapide et efficace, qui a démontré son professionnalisme.
Il est revenu ensuite sur cet incident avec humour, se demandant ce qu’il avait bien pu faire pour contrarier « les dieux des cordes » !
Nikolaï Lugansky joue dans le noir
Le pianiste russe Nikolaï Lugansky a quant à lui peut-être fâché un technicien (?). Lors d’un concert en mai 2021 lors du Festival Rachmaninov de Tambov, les lumières s’éteignent… mais la musique continue.
À peine étonné par la panne, le pianiste russe a poursuivi sa Sonate de Beethoven, empêchant le concert de tourner au fiasco. C’est même l’inverse qui s’est produit. La presse locale a rapporté que les spectateurs avaient vécu cet incident comme un instant d’éternité, captivés par le jeu du virtuose.
Un incident rare : l’archet d’un violoniste explose en plein concerto
Casser une corde de son violon, on l’a vu, cela arrive. Mais le musicien new-yorkais Stefan Jackiw a eu la malheureuse surprise de voir son précieux archet se décomposer en plein Concerto pour violon de Reihold Glière. Une pièce rare de l’archetier français François Nicolas Voirin valant plus de 30.000 dollars. Et sa réaction a été exemplaire à plus d’un titre.
Refusant de céder à la panique, il a pu assurer la suite du concert (presque) sans encombres.
Une mezzo-soprano remplace… un ténor !
Que faire quand ce n’est pas un instrument, mais un chanteur qui flanche ? En février 2023 au Volksoper de Vienne, le ténor qui doit assurer le rôle-titre d’Orphée aux enfers, de Jacques Offenbach est malade. On appelle un premier remplaçant, qui ne se sent pas prêt pour assurer la représentation du lendemain. Il décline. Un deuxième se désiste aussi !
La solution est finalement venue de la mezzo française Katia Ledoux, qui chante Vénus. Elle connaît le rôle et n’est jamais sur scène avec Orphée. Banco ! Elle va chanter Orphée et Vénus sur scène. Une prestation qu’elle a vécue comme un cauchemar : « Je suis complètement folle d’avoir fait ça. Mais qu’est-ce qui m’a pris ? » a-t-elle lancé le lendemain.
Maria Joao Pires n’a pas travaillé le bon concerto de Mozart
Voici un autre type de cauchemar, qui est arrivé à l’une des plus grandes pianistes au monde, la Portugaise Maria Joao Pires. Accompagnée par l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam, la virtuose se décompose quand elle entend les premières notes du Concerto pour piano n°20 en ré mineur de Mozart. C’est un choc. Elle réalise qu’elle n’a pas travaillé le bon concerto.
Après avoir jeté des regards inquiets au chef Riccardo Chailly, celui-ci l’encourage, en lui rappelant qu’elle connaît bien ce concerto, même sans partition. La pianiste pose quelques notes sur le piano, et la magie opère. Une performance digne des plus grands.
Un violoniste récupère son instrument… avec le pied
Pavel Sporcl est un violoniste tchèque très actif sur les réseaux sociaux et connu pour son instrument particulier : un violon bleu qui détonne dans le paysage musical. Lors d’un concert en mai dernier dans son pays, le précieux objet lui a échappé des mains juste avant le solo du Concerto pour violon n°2 de Félix Mendelssohn. Une vidéo immortalise cette grosse frayeur du musicien.
Il a le réflexe de tendre sa jambe et son pied pour ralentir la chute du violon. « Il s’en est fallu d’un dixième de seconde », a déclaré Pavel Sporcl après l’incident. « Rien de grave, si ce n’est la crise cardiaque que j’ai failli faire », a-t-il ajouté avec humour.
Béatrice Mouedine
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