Réforme des retraites : Emmanuel Macron doit-il se méfier de sa majorité ?

Raphael Lafargue-pool/SIPA

La crise des retraites s’éternise. Emmanuel Macron a face à lui de nombreux adversaires politiques et syndicaux. Mais il doit aussi s’occuper de sa propre majorité.

 

Il y a de la fébrilité, de la fragilité, « mais pour l’instant, ça tient »

C’est l’un des tout premiers macronistes qui fait remarquer que le président doit penser à sa majorité. Cet artisan de l’aventure entamée en 2016 contemple aujourd’hui la majorité relative. Il la voit, attaquée de toutes parts, bousculée par la violence des débats, fâchée par l’usage du 49.3, et voilà ce qu’il nous dit, je cite : « Macron peut continuer à avancer, mais à une condition, qu’il n’ait pas, en plus, un front interne… il faut éviter le suraccident ». Alors qu’est-ce que le « suraccident » ? Ce serait que la majorité passe d’un état de crispation à celui d’une crise ouverte avec prises de distance de la part de poids lourds sur la stratégie à suivre, ou pire encore que l’un ou l’autre, finisse par rompre les rangs et remette en cause le principe même de la réforme. Il y a eu une alerte la semaine dernière. Un frisson d’angoisse a parcouru l’échine des macronistes quand le MoDem a pris position, l’espace d’une petite heure, en faveur de la « médiation » prônée par Laurent Berger, avant de corriger ses propos pour se conformer à la ligne. La ligne, c’est oui au dialogue, mais sans médiation et sans remettre en cause la loi adoptée et le report de l’âge légal à 64 ans. Il y a de la fébrilité, de la fragilité, « mais pour l’instant, ça tient » se rassure un député fatigué.

 

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François Bayrou et Edouard Philippe ont les yeux rivés sur 2027

Pour empêcher que cette fébrilité ne se développe, Emmanuel Macron a par exemple reçu les parlementaires de sa majorité à l’Elysée. Mais il faut aussi analyser sa fameuse interview dans les journaux de 13h : le président s’est adressé ce jour-là à son socle. Il a antagonisé encore davantage ses adversaires mais peu lui importait, il fallait solidifier son camp tout en réaffirmant son autorité sur ses troupes. Voilà pourquoi il s’est montré ferme et fidèle à lui-même, c’est-à-dire combatif au risque de faire enrager ses détracteurs. Parce que les ingrédients d’un éparpillement sont là. Modem et Horizons reprochent de plus en plus ouvertement à Renaissance une forme « d’arrogance », Bayrou et Philippe ont les yeux rivés sur 2027, et, partout, des écuries se préparent. Méfiance : « Soit nous réussissons collectivement aujourd’hui, soit nous mourrons tous individuellement demain » me confiait récemment un ministre de premier plan. Il est trop tôt pour partir. Il est bien trop tôt pour trahir.

David Doukhan

 

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