Auteur de « Woke fiction : comment l’idéologie change nos films et nos séries », l’essayiste et chroniqueur Samuel Fitoussi était l’invité de la matinale de Radio Classique ce vendredi. Selon lui, il y a aux Etats-Unis mais aussi en France « une auto-censure de la part des scénaristes et des studios de production » qui doivent répondre à des « normes idéologiques ».
Le terme « woke », littéralement « éveillé » en français, désigne le fait d’être conscient des problèmes et injustices liées à l’appartenance à certaines minorités ethniques, sexuelles et religieuses.
Selon Samuel Fitoussi, chroniqueur à FigaroVox, l’on peut distinguer deux types de « wokisme » dans les films et séries produits à Hollywood : d’une part une forme qui est clairement visible à travers des « discours militants explicites » présentant par exemple l’Occident comme étant « systématiquement raciste et misogyne ».
D’autre part, il existe un wokisme « invisible » : ce que l’on ne voit pas et qui se manifeste par des « absences ». Par exemple, « on peut regarder un film qui nous semble apolitique, sans se douter que s’il avait été écrit il y a 10 ans, il aurait eu beaucoup plus de saveur parce que les scénaristes se seraient permis d’ajouter certaines blagues aujourd’hui jugées problématiques ».
Un logiciel pour éviter de commettre un « faux pas idéologique »
Dans son livre, Samuel Fitoussi détaille les coulisses de la production des films et séries aux Etats-Unis notamment. Aujourd’hui, à Hollywood, « les sociétés de production ont recours à des cabinets de conseil de diversité et d’inclusion », qui veillent par exemple à ce que des représentations « asymétriques », notamment dans les rapports hétérosexuels, ne soient pas présentes.
De la même manière, elles utilisent un « logiciel d’écriture de scénario » alimenté par l’intelligence artificielle qui « aide le scénariste à ne pas faire de faux pas idéologique ».
Très concrètement, le logiciel « génère des diagrammes » permettant de visualiser si « les différents groupes identitaires sont suffisamment représentés ».
Les scénaristes contraints de « se conformer à des commandements »
L’essayiste et auteur du livre « Woke fiction » date l’apparition d’une tendance à la production de scénarios dits plus « inclusifs » au mouvement #MeToo en 2015. Concernant les discriminations raciales, cela remonterait au mouvement Black Lives Matter suite au meurtre par des policiers de l’homme afro-américain George Floyd.
Pour Samuel Fitoussi, s’il peut être positif que d’autres types de représentations apparaissent à l’écran dans les contenus de divertissement, le problème arrive « quand les scénaristes sont obligés de se conformer à des commandements ». Aux Etats-Unis mais aussi en France, il y a « une auto-censure de la part des scénaristes et des studios de production » qui doivent répondre à des « normes idéologiques ».
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Par exemple, l’influence du « wokisme » tend à montrer des relations hétérosexuelles forcément dominatrices de l’homme envers la femme, d’après le chroniqueur. Ainsi, « on remplace un certain type de stéréotypes par d’autres types de stéréotypes » regrette Samuel Fitoussi.
Paul Cassedanne
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