Tutoiement au travail : une injonction qui déstabilise les jeunes

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Dans le processus de recrutement comme en entreprise, comment faut-il s’adresser à ses collègues ?

Ces deux lettres engendrent parfois à elles seules une immense confusion dans le monde professionnel : tu. Si « Est-ce que l’on se tutoie ? » était devenu une question classique lors d’une discussion avec une ou plusieurs personnes, à présent, la question se perd. On ne prend même plus la peine de poser, car le « tu » est devenu légion. C’est même quasiment une injonction dans certains milieux professionnels, ce que l’écrivain et académicien Frédéric Vitoux appelle le « tutoielitarisme ».

Le tutoiement a en effet la réputation d’être « cool », mais cette tendance peut être en trompe-l’œil car le « tu » exclut autant qu’il intègre. En effet, il peut arriver que le tutoiement soit une marque indirecte de supériorité méprisante. Le « tutoielitarisme » a même investi les offres d’emploi en ligne et l’ensemble du processus du recrutement. Car en toute logique, si l’on vous tutoie dans une offre de job, on vous tutoiera aussi en entretien. Et si ce n’est pas le cas, cela donnera lieu à un fort sentiment de confusion.

Ce n’est pas une affaire de générations

« Tu cherches le job de tes rêves ? Rejoins-nous ! » : cette formulation est-elle source d’attractivité ou de malaise ? C’est ce que s’est demandé Ouest France. D’après le journal, il ne s’agirait pas, contrairement à ce que l’on pense, d’une affaire de générations. Les plus jeunes sont justement plus désarçonnés par l’intelligence de situation dont ils doivent faire preuve pour savoir s’ils doivent avoir recours, ou non, au tutoiement.

Comment ne pas être étonné, également, lorsque quelqu’un que l’on ne connaît pas nous adresse dans un mail ou un message sur LinkedIn un tutoiement agrémenté d’emojis en cascade ? La multiplication des échanges en ligne, sur divers canaux et en simultané, mélange vie personnelle et vie professionnelle et accentue cette confusion.

Le « vous » reste l’option la plus sûre

Le pronom personnel de la deuxième personne du pluriel n’est pourtant pas dénué de charme. Le balancement ou le choix avisé entre les deux pronoms constituent une richesse de la langue et en rien une pauvreté, explique d’ailleurs au Figaro le linguiste Jean Pruvost.

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Il s’agit d’une nuance supplémentaire et merveilleuse de notre langue, un art français consistant à jouer du double système avec élégance. Dans le monde professionnel cependant, quand on ignore s’il faut tutoyer ou vouvoyer, le « vous » reste l’option la plus sûre.

Quentin Périnel

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