L’ancien ministre de l’Education et philosophe Luc Ferry était l’invité d’Esprits Libres ce lundi 4 septembre. Il a rendu hommage aux professeurs, « des artistes, de grands comédiens » et à leur ministre de tutelle qu’il qualifie de « courageux », notamment sur la question de l’interdiction de l’abaya à l’école.
« Les grands professeurs sont des artistes, comme les grands comédiens, ils ne sont pas remplaçables » : en cette rentrée 2023, Luc Ferry a longuement rendu hommage aux professeurs, en rejetant l’idée d’une science de l’éducation, et parlant plutôt « d’art ».
« Ils vous donnent l’impression d’entrer dans la grotte d’Ali Baba de la connaissance », a-t-il poursuivi, assurant que « si on entre dans cette caverne – telle la caverne de Platon – on devient vraiment intelligent ». L’ancien professeur cite « le livre génial » de Kant, Réflexions sur l’éducation, dans lequel trois philosophies de l’apprentissage sont exposées : « Le dressage des élèves, dans des classes où le maître est le roi absolu. Il y a, au contraire, l’éducation par la liberté, sur le modèle de l’anarchie, une éducation par le jeu. Il y a enfin l’éducation républicaine, défendue par Kant, dans laquelle l’élève est à la fois passif et actif, une éducation par le travail ».
Interdiction de l’abaya à l’école : Luc Ferry ne se dit pas optimiste sur son application
Luc Ferry déplore la perte de ce modèle d’éducation en mai 68, avec un basculement vers l’apprentissage par le jeu, citant notamment les exercices à trous. Or il plaide pour que l’élève ait « une forme d’humilité par rapport aux règles de grammaire ». « La grammaire est fasciste », poursuit-il, citant Michel Foucault. Il concède que la langue est « sociologiquement et socialement sélective », mais « ce n’est pas une raison pour déconstruire l’orthographe ».
Cette rentrée 2023 est marquée par la décision du ministre de l’Education Gabriel Attal d’interdire l’abaya et le qamis à l’école, presque 20 ans après les propositions de la Commission Stasi sur la laïcité, sous la houlette de Luc Ferry, alors en poste rue de Grenelle.
Gabriel Attal, un ministre courageux et intelligent, assure Luc Ferry
« On a dit que cette loi était inspirée par le Grand Orient de France ou par l’inspection générale. C’est complètement faux », s’insurge l’ancien ministre, assurant qu’il s’agissait de se battre contre « l’entrisme islamiste qui voulait imposer aux jeunes filles des vêtements religieux » et contre « les ultra laïcards qui voulaient supprimer tous les signes religieux ». Mais pour Luc Ferry, « les religions ne sont pas un trouble à l’ordre public », à condition que les signes soient discrets.
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L’interdiction de l’abaya, qu’il qualifie de « signe agressif », ne sera pas facile à appliquer, selon lui. Il salue en tous cas avec chaleur la décision de Gabriel Attal de l’interdire : « C’est le ministre dont je rêve. Ce jeune homme montre une intelligence et un courage qui tranche avec tout ce que l’on a connu depuis 20 ans ». Il pointe en particulier la volonté de ne pas laisser les chefs d’établissement décider seuls. « Je trouve que c’est extrêmement courageux et intelligent de sa part, mais il faut qu’il tienne bon », estime-t-il.
Béatrice Mouedine