Créer et déchiffrer des codes secrets, c’est le métier de Anne Canteaut, cryptographe et directrice de recherches en informatique à l’Institut de Recherches en sciences et technologies du numérique (INRIA). Au micro de Radio Classique, elle explique la place prépondérante que prennent les codes secrets dans notre quotidien, sans que nous en soyons conscients.
Le travail d’Anne Canteaut, qui lui a valu de remporter en 2023 le prix Joliot-Curie de la femme scientifique de l’année, porte sur les procédés de chiffrement. C’est-à-dire, en langage moins scientifique, les codes secrets. Elle est devenue l’un des visages principaux de la cryptographie, discipline « à la frontière entre les mathématiques et l’informatique ».
Si la cryptographie vise à « protéger la confidentialité des informations », « on sait depuis longtemps que tous les codes secrets que l’on utilise, on peut les casser » afin de « retrouver l’information transmise », explique la scientifique. « La seule question pertinente, c’est de savoir combien ça coûte ».
Comprendre les attaques pour mieux leur résister
Un système qui pourrait être décrypté en quelques centaines d’années seulement par « certains Etats » ou « certaines personnes qui ont une grande puissance de calcul » serait par exemple trop vulnérable. « Pour qu’un code secret soit inviolable, il faut que le secret soit aussi long que le message à échanger », indique la cryptographe, mais cela serait « en pratique absolument impossible ».
Le travail de recherche effectué par Anne Canteaut vise donc à « apporter de nouvelles méthodes pour essayer de comprendre comment on peut attaquer ces systèmes de chiffrement », pour pouvoir ensuite « comprendre comment on peut leur résister ». Comprendre comment attaquer les codes existants serait ainsi essentiel afin de « construire des chiffrements qui résistent aux attaques ».
Nos données sont exposées
Nous sommes « entourés » de codes secrets, révèle la cryptographe. « On en utilise tout le temps ». S’il n’y avait pas de cryptographie lorsque l’on téléphone avec son smartphone ou que l’on utilise un réseau wifi par exemple, « n’importe qui pourrait se mettre pas très loin avec une antenne et capter toutes [la] conversation ».
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Car nous générons une quantité de données « énorme ». Celles-ci, souvent désignées comme un nouvel « or noir », sont stockées dans des « clouds » ou servent à alimenter des algorithmes d’intelligence artificielle et se retrouvent ainsi « exposées ». « Il faut les sécuriser », somme Anne Canteaut, car « il y a beaucoup de situations où elles sont mal protégées ».
Ella Couet
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