L’association Foodwatch va porter plainte contre Nestlé pour « tromperie aggravée ». Sa filiale Nestlé Waters, numéro un mondial de l’eau minérale, a reconnu avoir délibérément eu recours, pendant des années, à des traitements interdits.
Cette pratique de désinfection, habituelle pour les eaux du robinet, est interdite pour les eaux minérales, qui doivent être naturellement de haute qualité microbiologique selon la législation européenne. Nestlé l’a pourtant employée sur certaines de ses eaux comme Perrier, Vittel, Hépar et Contrex, pour préserver « la sécurité alimentaire ».
Il s’agit de traitements aux ultraviolets et de filtres à charbon : autant de techniques de désinfection qui permettent de garder une composition stable de l’eau mais qui dénaturent son caractère minéral. « Cette eau devient banale, comme une eau du robinet qui coûterait 100 fois plus chère », explique le docteur Bernard Schmitt, porte-parole du collectif Eau 88.
L’agriculture et les pesticides en cause ?
« C’est une supercherie, une eau minérale doit surtout avoir une stabilité dans ses minéraux. Or celle-ci n’est plus garantie ». Il signale que certains forages pouvaient être contaminés, notamment par des bactéries : « Nestlé stérilise cette eau avec des ultraviolets, cela veut dire qu’elle n’a plus du tout les caractéristiques d’une eau minérale ».
Nestlé se justifie et évoque les évolutions de l’environnement autour de ses sources, comprenez l’agriculture et ses pesticides. Pour l’hydrologue Didier Malé, en réalité, Neslé ne doit pas être un cas isolé. Selon lui, rares sont les eaux françaises encore « minérales » : « en montagne, où il y a du pastoralisme, et non pas de l’élevage intensif, l’eau garde encore une qualité correcte. Pour les eaux de nappes profondes, les pesticides mettent beaucoup de temps à descendre. Mais s’agissant des eaux des nappes superficielles, il ne faut plus se faire d’illusion : elles sont toutes polluées ».
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Lorsque Nestlé a dû se mettre en conformité avec la législation européenne, il y a trois ans, la moitié des forage de la marque Hépar ont dû fermer pour « instabilité des minéraux », avec donc une production de bouteilles divisée par deux.
Rémi Pfister
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