Pesticides : 13 substances potentiellement dangereuses pour le foetus toujours sur le marché

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Des pesticides suspectés d’être des perturbateurs endocriniens sont encore autorisés sur le marché européen car ils sont mal évalués. C’est la conclusion d’un rapport publié le 29 mars par deux associations qui ont épluché pendant des mois les dossiers d’évaluation de 13 substances.

Les dossiers d’évaluation de 13 pesticides présentent des « manquements impardonnables »

Les 13 substances étudiées par les associations n’ont pas été choisies au hasard. En effet, elles devaient être réévaluées en 2021 et font partie d’une liste de substances qui avaient été identifiées en 2013 par l’EFSA, l’agence européenne de sécurité des aliments, comme suspectées d’être des perturbatrices endocriniennes. Dans ce cas précis, ces substances sont perturbatrices de l’axe thyroïdien. Pierre-Michel Perinaud, médecin généraliste, président de l’association Alerte des médecins sur les pesticides, et co-auteur du rapport décrit pour nous le risque de ces perturbateurs : « la perturbation de l’axe thyroïdien influe sur le développement du fœtus en cas de grossesse. Cela peut avoir un impact négatif sur la croissance neuronale de l’enfant et à long terme sur l’évolution de son cerveau ».

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Ces 13 substances ont toutes été retrouvées via des résidus dans l’alimentation des Français. De ce fait, l’association a épluché les dossiers d’évaluation et a trouvé de nombreux manquements dans la construction de ces fichiers. Il manquerait par exemple des tests importants sur l’impact suspecté de ces substances : « l’ensemble de la communauté scientifique sait pertinemment que les problèmes de neurodéveloppement sont essentiels. Pourtant sur les 13 pesticides évalués 1 seul possède une étude de neurodéveloppement et celle-ci est très loin des normes actuelles. Ces manquements sont impardonnables ». François Veillerette, porte-parole de l’ONG Générations Futures, qui a participé à ce rapport, explique que certaines données sont prises en compte mais sont très anciennes : « elles ne correspondent pas à l’état de la science actuelle ». Il pointe aussi des éléments manquants : « ce système ne produit pas grand-chose et passe sans doute à côté de produits préoccupants, et qui mériteraient d’être retirés du marché le temps qu’on en sache plus ».

63% des échantillons des produits contenaient au moins un pesticide en 2020

L’EFSA a bloqué la procédure d’homologation de ces substances, dans l’attente de données complémentaires, mais elles restent autorisées sur le marché. Par ailleurs, Générations Futures a publié le 30 mars un autre rapport sur les résidus de pesticides retrouvés en France. Cela concerne les fruits, les légumes et les céréales consommés en France. L’analyse a été effectuée à partir des chiffres de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). 63% des échantillons des produits contenaient au moins un pesticide en 2020, parfois dans des proportions trop faibles pour être dosées mais bien présentes tout de même, sans que l’étude ne se prononce sur la toxicité de ces échantillons. François Veillerette explique que « pour l’instant on ne parle pas du risque pour la santé, mais il est évident que les consommateurs n’ont pas envie d’ingérer des résidus de pesticides ». Il assure que les normes sanitaires sont calculées produit par produit, « mais à la fin de la journée, c’est plusieurs produits que vous avez ingérés ! ». Un effet cocktail dangereux selon l’ONG Générations futures. La France s’est fixée comme objectif de diviser par deux l’usage des pesticides d’ici 2025. 

Baptiste Gaborit 

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