Do, ré, mi : que cache le nom des notes ? L’histoire d’une invention géniale et poétique du XIe siècle

iStock

Il aura fallu attendre le XIe siècle pour que les notes de musique se voient attribuer les noms que nous leur connaissons aujourd’hui : le ludique « do, ré, mi, fa, sol, la, si » que nous entonnons toujours, plus de 1000 ans après !

Tout commence par l’ancêtre du solfège appelé solmisation qui permet de mieux visualiser les sons plus ou moins aigus. Il s’agit de l’innovation la plus retentissante du moine et théoricien de la musique italienne, Guido d’Arezzo, qui s’inscrit dans une longue tradition de techniques mnémotechniques destinées à l’apprentissage du chant. Les moines devaient mémoriser des quantités considérables de chants liturgiques allant parfois jusqu’à 75 heures de musique !

Pour ce faire, Guido d’Arezzo associe aux six degrés de son système les premières syllabes des six vers de l’hymne latin consacré à saint Jean-Baptiste, l’Ut queant laxis, traditionnellement attribué au poète lombard du VIIIème siècle, Paul Diacre.

Un texte attribué à Paul Diacre a inspiré le nom des notes

Chaque vers de cet hymne commençait à un degré successif, ce qui concordait parfaitement pour servir son objectif pédagogique : apprendre à chanter les intervalles.

« Ut queant laxis

Resonare fibris

Mira gestorum

Famuli tuorum

Solve polluti

Labii reatum 

Sancte Ioannes »

On pourrait traduire ce texte par : « Pour que tes serviteurs puissent chanter à pleine voix les merveilles de tes actions, efface le péché de tes lèvres souillées, ô saint Jean »

Il en retire donc Ut, Ré, Mi, Fa, Sol, La, un système fondé sur l’hexacorde, c’est-à-dire un ensemble de six notes, qui diffère de notre gamme actuelle de sept notes consécutives.

Le pape Jean XIX, ayant eu vent de cette méthode révolutionnaire, aurait fait venir Guido d’Arezzo à Rome pour une démonstration qui aurait contribué à sa popularisation. Le moine aurait même réussi à faire déchiffrer au souverain pontife un chant à vue (autrement dit sans avoir entendu la mélodie au préalable) en une seule après-midi. Une méthode que les Franciscains ont emportée dans le Nouveau Monde au XVe siècle.

Do a remplacé ut, sans doute pour faciliter le chant

Ce n’est qu’au XVIIe siècle que le do – que l’on attribue généralement au mot latin « Dominus » (« le Seigneur ») par référence religieuse – commence à suppléer a l’ut. Le musicologue italien Giovanni Battista Doni pourrait en être à l’origine, afin de répondre à un problème concret, voire trivial : le do est plus facile à chanter qu’une syllabe se terminant par une consonne. Certains historiens émettent également l’hypothèse qu’il aurait choisi do parce que c’était la première syllabe de son nom.

Inconnu de la nomenclature médiévale, le si n’appartient pas au système original de Guido d’Arezzo. Pour autant, lorsqu’il fut introduit plus tardivement et progressivement, à la même époque que le do, il aurait été formé des initiales des deux derniers mots de l’hymne : « Sancte Ioannes ». Son introduction répond au besoin de réduire le nombre de changements de syllabe, appelés mutations, nécessaires lorsque la mélodie débordait les limites de l’hexacorde.

Guido d’Arezzo : maintenant que les notes se chantent, voilà qu’elles se lisent sur les doigts

Guido d’Arezzo, grand pédagogue, va accompagner son système d’un nouvel outil ingénieux, la « main guidonienne », sorte d’ersatz de partition avant l’heure : aux articulations et phalanges d’une main, se réfèrent les différentes syllabes de la solmisation.

C’est une technique particulièrement adaptée à l’apprentissage du chant à vue : il suffit alors au professeur de désigner du doigt un emplacement précis de la main pour que l’élève repère aussitôt la syllabe qu’il doit chanter. Cela permet une visualisation des hauteurs et intervalles.

A lire aussi

 

Les représentations de la main guidonienne foisonnent ultérieurement à la mort de Guido, autour de 1050, si bien que l’identité de celui qui a développé cet outil pédagogique très répandu au Moyen-Âge, reste discutée.

Quoi qu’il en soit, cette main, guidonienne ou non, laisse encore aujourd’hui une empreinte dans le vocabulaire anglo-saxon : « gamma ut » était le nom donné au son le plus grave du système. Cette appellation a donné naissance au mot anglais « gamut » qui désigne aujourd’hui une gamme complète.

Pauline Adad

 

Pour en savoir plus sur l’histoire de la musique

Vous avez aimé cet article ?

Téléchargez l'application
et prolongez l'expérience avec nos webradios musicales.

Téléchargez l'application