« Musique classique » : Pourquoi s’appelle-t-elle comme ça ?

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Comment définir ce qu’est la « musique classique » quand elle rassemble des compositeurs aussi différents que Bach, Ravel ou encore Boulez ? Le débat continue d’agiter le milieu classique aujourd’hui.

La « musique classique » n’est appelée ainsi qu’à partir du 18ème et 19ème siècle

On l’utilise pour parler de l’œuvre de Ravel comme celle de Vivaldi. On l’oppose à une musique plus « populaire » et on s’étonne de sa diversité dans les rayons des disquaires. Parler de « musique classique« est aujourd’hui un automatisme, mais avant le 18ème siècle, cette notion ne voulait presque rien dire. Il faut en effet attendre le siècle des Lumières, qui célèbre les penseurs et les enseignements de l’Antiquité, pour que le terme « classique » gagne en signification en Europe. Originaire du latin « classicus », il qualifie ce qui est de première classe, équilibré et harmonieux : en bref, ce qui peut servir de modèle et qui évoque la perfection de l’ancien temps.

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La musique n’est pas étrangère à cette célébration, qui gagne tout le domaine artistique. Ainsi, la période « classique », comme on l’appelle, est incarnée par Haydn, Mozart voire Beethoven de 1750 à 1830. Au-delà de la rupture de fond opérée avec l’ère baroque, les œuvres de ces trois compositeurs provoquent quelque chose d’historique, selon le musicologue Marc Vignal : elles entrent « au plus profond du corps social » et se transmettent à la postérité. De leur époque à la nôtre, leurs créations restent « vivantes » et durables sans avoir besoin d’être redécouvertes. C’est bien ce qu’on désigne comme un « classique » aujourd’hui, que l’on parle de la Symphonie numéro 5 de Beethoven ou de Thriller de Michael Jackson.

 

Un terme qui englobe 800 ans d’histoire musicale

Le terme de « classique » aurait ensuite été repris par l’industrie musicale naissante au 19ème siècle, par souci de commercialisation, selon le journaliste musical Tom Service. Il fallait donner un nom au produit vendu, si possible un nom noble et attirant. La « musique savante » et « grande musique » se font font concurrence, mais seront abandonnées plus tard pour leur élitisme. Et aujourd’hui, toute la musique de tradition occidentale, écrite dans une forme particulière – symphonie, sonate, chant liturgique… – et dite « sérieuse » peut être fondue dans le moule du « classique », ce qui peut faire fulminer les musicologues. Cela englobe plus de 800 ans de musique, des chants grégoriens du Moyen-Âge à la musique sérielle de Pierre Boulez.

 

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Et la désignation continue de cliver les musiciens eux-mêmes, à commencer par le compositeur allemand Max Richter, dont l’univers sonore flirte avec la musique électronique. Auprès de la BBC Radio 3 en 2018, il se disait gêné par le terme de classique et des étiquettes musicales, qui empêcheraient une « appréciation directe de la musique et des sons ». selon lui. Le terme classique, poursuivait-il, est assez chargé, « associé aux élites et à un capital culturel ». Une vision résolument moderne qui s’oppose à celle de Leonard Bernstein. Nos confrères de Classic fm notent qu’en 1959, le chef d’orchestre américain vantait le terme de musique classique. Aucun autre mot, selon lui, ne pourrait être plus adéquat pour décrire ce qui n’est pas « du jazz, de la pop ou du folklore ».

Clément Kasser

 

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