Réforme des retraites : Les deux grands dangers qui attendent le gouvernement

Eric Dessons/JDD/SIPA

La réforme des retraites a été présentée ce lundi 23 janvier en conseil des ministres. Il y a maintenant deux dangers sur la route du gouvernement : la mobilisation d’une part et la fragilité de sa majorité politique d’autre part.

 

Emploi des seniors : Gabriel Attal envisage « des mesures coercitives pour les entreprises qui ne joueraient pas le jeu »

Plus la mobilisation sera forte, plus nombreux seront les parlementaires qui risquent de se laisser impressionner. Commençons par la mobilisation : jeudi dernier, la police a décompté 1,12 millions de manifestants. La priorité pour le gouvernement est donc de tout faire pour qu’il y ait moins de monde dans les rues le 31 janvier prochain. Pour cela, Emmanuel Macron et ses ministres utilisent une argumentation en deux points : primo, marteler qu’il est hors de question de revenir sur les 64 ans dans l’espoir de décourager les opposants. Deuxio, instiller l’idée que le texte peut toutefois être amendé dans le cadre du débat parlementaire, par exemple en durcissant le dispositif sur l’emploi des seniors avec pourquoi pas « des mesures coercitives pour les entreprises qui ne joueraient pas le jeu » comme l’a dit dimanche Gabriel Attal dans Le Parisien.

 

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L’autre sujet de débat est le fait que les personnes ayant commencé à travailler à 20 ans auront à cotiser 44 ans, et non 43 comme les autres, pour obtenir une retraite à taux plein. Pour l’instant le gouvernement refuse de bouger sur ce point au nom de l’équilibre budgétaire mais « il se garde sans doute quelque chose à céder dans les prochaines semaines si l’opposition à la réforme devait se durcir encore davantage » nous explique un cadre de la majorité. Bref, l’exécutif se dit à la fois prêt au dialogue et inflexible sur les 64 ans. Il pense pouvoir ainsi contenir la protestation de la rue et préserver un fragile chemin parlementaire.

 

La droite qui réclame la retraite à 65 ans depuis toujours a soudain la main qui tremble alors qu’il s’agit de voter l’âge légal à 64 ans

On sent une certaine fébrilité parmi les parlementaires. Des voix discordantes se font entendre au sein des groupes Renaissance, Modem et même Horizons chez Edouard Philippe qui plaidait pourtant pour une retraite à 67 ans. Une demi-douzaine de députés affirment ne pas pouvoir voter la réforme en l’Etat parce qu’elle manquerait de justice. Chez LR aussi, ils sont une douzaine à l’Assemblée derrière Aurélien Pradié et quelques proches de Xavier Bertrand au Sénat à être sur cette ligne. La droite qui réclame la retraite à 65 ans depuis toujours a soudain la main qui tremble alors qu’il s’agit de voter l’âge légal à 64 ans. On a connu majorité et alliés plus fiables et plus solides. Alors pourquoi ces parlementaires s’effraient-ils aussi facilement ? Voter une réforme impopulaire parce qu’on la juge nécessaire implique d’avoir recours à une vertu un peu moins répandue qu’elle ne le fut jadis : le courage politique. Il en a fallu en 2010 pour faire passer l’âge légal de 60 à 62 ans, il n’en faudra pas moins en 2023.

David Doukhan

 

 

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