Maires : En première ligne pour 1000 à 2000 euros par mois, la crise de vocation des élus municipaux

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Alors que la pause estivale se poursuit pour les parlementaires et le gouvernement, il y a des élus qui ne prennent pas de vacances : il s’agit des maires. Ils sont les véritables chevilles ouvrières de la machine administrative et politique dans notre pays : tout au long de l’été, les 35000 maires sont en première ligne face aux multiples défis auxquels ils sont confrontés.

Pourquoi de plus en plus de maires démissionnent de leur fonction ?

Intempéries, gestion de l’eau et de l’énergie, accueil des touristes, sécurité : il n’y a guère de répit pour les élus locaux. La presse a notamment relaté ces dernières semaines l’engagement total des maires des communes touchées par les violents incendies de l’été. Hébergement et ravitaillement des pompiers, information de la population, gestion des évacuations… C’est jour et nuit que ces édiles sont restés mobilisés. L’opinion publique d’ailleurs ne s’y trompe pas : déjà très sollicités lors de la crise du Covid, les maires sont de loin les élus préférés des Français. Pourtant, le mandat de maire ne fait plus rêver dans la sphère politique.

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On a même observé ces dernières années une vague sans précédent de démissions. Et lors des dernières municipales, 106 communes ont été mises sous tutelle des préfets car il n’y avait tout simplement pas de candidat. Pour comprendre cette crise des vocations, il faut se pencher sur le statut des élus locaux : si la charge de leurs responsabilités administratives et juridiques est immense et que le niveau d’exigence des administrés à leur égard ne cesse de s’accroître, leur indemnité paraît en comparaison bien maigre : 1000 à 2000 euros seulement pour les maires de communes de moins de 3500 habitants, soit 90% d‘entre elles. C’est le cas par exemple de destinations touristiques comme Courchevel ou Ramatuelle. Ces rémunérations ont pourtant été augmentées par un texte porté en 2019 par Sébastien Lecornu, qui renforçait également la protection juridique des édiles. La loi dite 4D votée en 2021 a donné aussi plus de marges de manœuvre aux élus locaux sur des sujets comme le transport, le logement ou la santé.

 

L’Association des Maires de France est présidée par le très médiatique maire de Cannes David Lisnard

Les associations d’élus jugent toutefois que ces avancées ne sont pas suffisantes. Ce qui est sûr, c’est qu’Emmanuel Macron va avoir encore fort à faire pour effacer son image de président jacobin et installer dans la durée le « contrat de confiance » avec les maires qu’il appelait de ses vœux à l’aube de sa présidence. Dans son discours de politique générale, Elisabeth Borne s’est adressée aux élus locaux en affirmant vouloir « construire avec eux » les politiques publiques. Mais plus que de simples gages, il va falloir donner de véritables preuves d’amour pour convaincre le très médiatique président de l’Association des maires de France, le maire de Cannes David Lisnard. L’AMF, qui réunira en novembre son traditionnel congrès, réclame un nouvel acte de décentralisation et surtout la fin du rabotage des dotations aux collectivités locales. Dans ses orientations budgétaires transmises à Bruxelles, le gouvernement a prévu de les réduire encore de 0,5%. De quoi raviver la colère des maires.

Jim Jarrasse

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