Dans la torpeur du week-end du 15 août, une polémique a réveillé les réseaux sociaux. Elle oppose la chanteuse Juliette Armanet à Michel Sardou. Dans un média belge du nom de Tipik, l’auteur de Brûler le feu qualifie la célèbre chanson « Les Lacs des Connemara » de « sectaire », de quoi ranimer le monde politique.
Il fallait bien combler l’appétit insatiable de Twitter, alias X, en plein cœur de l’été, lorsque même les politiques qui alimentent habituellement la chronique, les Sandrine Rousseau et les Gilbert Collard, finissent par se taire.
En ce 15 août, c’est la chanteuse Juliette Armanet qui fait le buzz sur un média belge, Tipik. Elle s’en prend au célèbre tube de Michel Sardou, « Les Lacs du Connemara », qualifiant ce titre d’« immonde » et de « sectaire », avant de conclure : « Bref, de droite, rien ne va. »
Cette déclaration provoque un tollé immédiat. Les articles de presse s’accumulent, Michel Sardou réplique et les politiques embrayent. Le patron des Républicains, Éric Ciotti, se sent obligé d’y aller de son tweet : « Michel Sardou, c’est la France tout simplement. Un chanteur au caractère bien trempé et qui s’assume. Difficile à avaler pour la bien-pensance ! » On s’interrogera au passage sur la pertinence de cette réaction, qui étaye la thèse d’un Michel Sardou politisé et artiste d’un camp idéologique.
La chanson « Les Lacs du Connemara » ne fait pas partie des titres engagés de Michel Sardou
On est loin ici de « Je suis pour », ou encore du « Temps béni des colonies ». Comme le note le journaliste du Figaro Florent Barraco, auteur d’un livre à paraître sur Michel Sardou, il s’agit sans doute de la chanson la plus consensuelle de son œuvre. On la passe en fin de mariage, et dans les soirées étudiantes. Bref il s’agit d’une chanson populaire, qui transcende justement les générations et surtout les clivages politiques et sociaux.
Le prix Goncourt Nicolas Mathieu, que l’on ne peut pas soupçonner d’être de droite, n’a-t-il pas titré son dernier roman Connemara, en hommage à cet hymne unificateur ? On mesure ici l’absurdité du qualificatif choisi par Juliette Armanet, mais aussi la vanité de certaines réactions à droite, de ceux qui voudraient s’ériger en représentants exclusifs du « peuple ».
Les leçons politiques de cette polémique
Une chose est sûre, la « guerre culturelle » qui fait rage sur les réseaux sociaux supplante le débat d’idées et la confrontation nuancée des opinions politiques. Cet été, la Nupes déroule le tapis rouge au rappeur controversé Médine tandis que Les Républicains glorifient Michel Sardou, comme si les Français devaient choisir leur camp.
Et pourtant les politiques auraient bien d’autres terrains d’affrontement : sur l’insécurité, le logement, la santé, l’immigration, la fiscalité, le quotidien des Français, qui peuvent écouter dans la même soirée Johnny et Balavoine, sans se demander s’ils sont de gauche ou de droite.
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Cette polarisation à outrance est alimentée par les extrêmes à travers des polémiques souvent ineptes, à l’instant de celle sur la prétendue politisation d’Henri, ce jeune héros qui a repoussé l’assaillant sur les bords du lac d’Annecy au mois de juin. Il avait immédiatement été catalogué d’« extrême droite » car il revendiquait sa foi catholique. Il témoignait dans Le Parisien hier, dénonçant la « récupération » et les « clivages politiques qui nous enferment » : « Je sais très bien ce que j’ai représenté à Annecy. Le pèlerin catholique avec sa chevalière face au migrant syrien. Je ne suis pas naïf, mais je m’en fous. ». Et il a bien raison.
Jim Jarrassé