Jean-Luc Mélenchon : Interdit à Lille, il triomphe à Sciences Po Paris

Chang Martin/SIPA

Jean-Luc Mélenchon s’est exprimé lundi soir à Sciences-Po Paris. Qu’est-ce qui est choquant, qu’il n’ait pas pu s’exprimer à la fac de Lille ou qu’il ait pu s’exprimer à Sciences-Po Paris ?

Ce qui est choquant, c’est le deux poids deux mesures qui, pour le coup, ne choque pas le moins du monde les Insoumis. Quand on croit à la liberté de pensée et à la liberté d’expression, ce n’est jamais bon d’interdire une réunion politique. On peut trouver parfaitement scandaleux, voire nauséabonds, certains discours de Jean-Luc Mélenchon quand il joue de l’ambiguïté entre critique d’Israël, antisionisme et antisémitisme. Pour autant combattre n’est pas interdire.

Mais les militants Insoumis seraient plus crédibles dans leur indignation s’ils n’étaient pas les premiers, et notamment dans les facs, à intimider ou à interdire ceux qui osent penser différemment d’eux. On ne les a pas entendus quand c’est Eric Zemmour qui quelques jours plus tôt a été interdit de parole à Bruxelles. Et ce sont les leurs qui ont empêché de s’exprimer dans des facs la chercheuse Florence Bergeaux-Blackart ou la philosophe Sylviane Agacinski qui ont eu le malheur de dénoncer l’islamisme ou le wokisme. Mélenchon interdit à Lille c’était le censeur censuré.

Mélenchon en pays conquis à Sciences po Paris

En tout cas, à Sciences Po Paris, Mélenchon a fait un tabac. Et pour cause. Vous vous souvenez des anciens meetings lepénistes où les militants scandaient : « on est chez nous » ? Un slogan qui suintait le refus des autres. À Sciences Po Paris, comme dans de très nombreuses facs françaises, ce sont les mélenchonistes qui pourraient scander « on est chez nous » ; au sens de : nous pensons pareil et les autres n’ont pas le droit de cité.

En défendant la cause palestinienne avec les mots qui sont les siens, oui, Mélenchon est en pays conquis au sein d’une jeunesse pour qui politisation est synonyme de radicalité et de dénonciation.

D’ailleurs, coïncidence ô combien symbolique : Jean-Luc Mélenchon a parlé dans l’amphi Boutmy, le même amphithéâtre réquisitionné, il y a à peine plus d’un mois, par des étudiants – sans doute les mêmes que ceux qui l’ont applaudi lundi – qui avaient refusé l’accès à une étudiante « coupable » d’appartenir à l’Union des étudiants juifs de France.

Le pari mélenchoniste est celui de la radicalité des jeunes

Notons au passage qu’un même amphi a servi à accueillir un meeting politique là où, théoriquement, on enseigne de savoirs. Ne devrait-il pas y avoir, même à Sciences Po, une frontière plus étanche entre enseignement et militantisme ?

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Cette stratégie est calculée et assumée. C’est vrai que pour ces européennes, la liste LFI est devancée à gauche par la liste Glucksmann. Mais regardez en détail, chez les jeunes, ses performances sont nettement supérieures. Le pari mélenchoniste, c’est celui de la radicalité ; radicalité des jeunes, radicalité des banlieues. Alors ça leur vaut des condamnations politiques et parfois un peu d’opprobre médiatique. Mais les Insoumis sont convaincus, à moyen terme, de toucher les dividendes électoraux de cette stratégie.

Guillaume Tabard

 

 

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