Entre Eric Zemmour et Marion Maréchal, l’exaspération mutuelle s’accompagne de divergences stratégiques

Chang Martin/SIPA

Y aurait-il du grabuge chez Reconquête ? Le parti d’Éric Zemmour concourt aux élections européennes avec pour tête de liste Marion Maréchal, mais les relations entre l’essayiste et la nièce de Marine Le Pen se sont brutalement dégradées.

Tout commence par une rumeur allègrement relayée par plusieurs hauts responsables de LR dans les déjeuners en ville : Marion Maréchal et Éric Zemmour ne se seraient plus adressé la parole depuis le début du mois de janvier. Le froid polaire entre les deux identitaires décrit par ces élus de droite est cependant légèrement exagérée.

En réalité, Zemmour et Maréchal se parlent de temps en temps, mais pour se dire leur désaccord. Et ceux-ci sont profonds, avec une divergence stratégique en particulier, qui pèse depuis le début. Marion Maréchal fait campagne contre François-Xavier Bellamy, tête de liste des Républicains, mais épargne le candidat du Rassemblement National Jordan Bardella car elle est convaincue que son réservoir de voix se trouve chez LR.

Reconquête stagne dans les sondages

Elle aurait ainsi intérêt à se montrer amicale avec le RN car elle anticipe de travailler avec eux si elle parvient à rejoindre Bruxelles et Strasbourg. Problème : les résultats du RN dans les sondages ne cessent de grimper tandis que ceux de Reconquête stagnent, voire baissent. Au point de se rapprocher de la zone rouge des 5%, synonymes d’élimination pure et simple.

De quoi faire paniquer Zemmour pour qui ce scénario risquerait, après ses 7% à la présidentielle et son échec total aux législatives, de marquer le coup d’arrêt de son aventure politique. Résultat, il enjoint sa tête de liste à changer de stratégie, ce qu’elle refuse. Et ce casus belli tactique s’est vite transformé en inimitié personnelle.

Zemmour bavard

Il y a aussi une exaspération mutuelle entre les deux politiciens. Par exemple, lorsque Éric Zemmour a prononcé un discours de quarante-cinq minutes lors du meeting de lancement de la campagne de Marion Maréchal. Cela n’a pas laissé grand-chose à dire à la candidate, qui l’a plutôt mal pris.

Surtout lorsqu’une semaine auparavant, Marine Le Pen, elle, avait pris soin de ne parler que vingt minutes pour laisser Jordan Bardella s’exprimer près d’une heure. Zemmour a par ailleurs accepté toutes les invitations possibles dans les médias, ce qui a contribué à phagocyter le temps de parole de Marion Maréchal. La candidate lui a pourtant dit son exaspération, mais sans qu’il change d’attitude.

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Personne n’est surpris qu’un Zemmour ait du mal à se mettre au second plan, mais ces dissensions risquent de démotiver les électeurs de Reconquête et finir de les pousser vers le Rassemblement National, comme une sorte de “vote utile” pour ceux qui veulent envoyer un message de colère à Emmanuel Macron. Si les bisbilles internes aux partis politiques sont monnaie courante, elles sont croquignolesques lorsqu’elles se déroulent dans une cabine téléphonique et souvent meurtrière pour les protagonistes.

David Doukhan

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