En cas d’alliance, les nationalistes finissent par supplanter la droite traditionnelle, alerte le journaliste Charles Sapin

Massimo Di Vita/Mondadori Portfolio/Sipa USA/SIPA

Le journaliste au Point Charles Sapin a observé le développement des mouvements nationalistes au sein de l’Union Européenne et publie à ce sujet un livre intitulé Les moissons de la colère. Plongée dans l’Europe nationaliste (Editions du Cerf). Il est l’invité de Radio Classique.

Bien que cette idéologie soit au cœur de son livre, Charles Sapin refuse d’essayer de définir ou même d’utiliser le terme d’« extrême-droite ». Il lui préfèrera celui de « nationalisme », qu’il juge plus « objectif ». « En tant que journaliste, je trouve le terme d’extrême-droite assez inconfortable », explique-t-il, estimant qu’on ne lui connaîtrait pas de « définition scientifique et unique », contrairement à celui de « nationalisme » qui bénéficierait d’une filiation historique et idéologique. La notion d’« extrême-droite » est toutefois largement maniée dans les domaines des sciences politiques et sociales.

Pour le journaliste, on peut observer dans toute l’Europe un même phénomène qui se noue autour de ces mouvements politiques. « Malgré les frontières, les histoires nationales et les modes de scrutin, un même scénario se répète dans beaucoup de pays européens », analyse-t-il. « La droite traditionnelle est témoin, soit de son propre effondrement, soit de l’effondrement de son allié historique centriste ».

L’émergence d’un nouveau clivage

Selon lui, cela l’amènerait à faire tomber le « cordon sanitaire » qui la séparait des mouvements nationalistes, notamment en s’associant à eux au sein de coalitions. C’est le cas, par exemple, de l’Espagne où le parti nationaliste Vox dirige quatre régions avec la droite traditionnelle.

Ces coalitions marqueraient le « bout d’un cycle », en cours depuis la crise financière, qui plaçait le clivage entre la droite et la gauche au centre du champ politique. Selon Charles Sapin, il serait aujourd’hui remplacé dans plusieurs pays européens par une opposition entre les libéraux pro-européens de centre droit ou de centre gauche et les forces populistes. Ce ne serait cependant pas encore le cas en France, note le journaliste.

Les nationalistes supplantent les partis de droite auxquels ils s’allient

Depuis les années 2000, il a par ailleurs recensé la participation d’une force nationaliste à des gouvernements nationaux ou locaux dans 16 pays de l’Union européenne sur 27. Ce chiffre, qui s’élevait à zéro avant l’année 2000, augmenterait chaque année plus rapidement.

Dans tous les scénarios d’« union des droites » à des fins électorales, il observe par ailleurs que « les forces nationalistes ne sont pas du tout amenuisées et ne se font pas aspirer par les forces de droite traditionnelle, bien au contraire ». A l’inverse, elles « sont crédibilisées et voient leur base électorale élargie », avant de « supplanter » les partis de droite auxquels elles se sont alliées.

Les sujets identitaires sont centraux

Pour Charles Sapin, il existerait également des « ressorts communs très puissants » entre les corpus idéologiques défendus par les différents partis nationalistes. Ils se présenteraient notamment comme une alternative à ce que le journaliste désigne comme la « faillite des partis traditionnels à apporter des réponses pérennes au sujet de l’immigration ». Leurs programmes se caractériseraient aussi par une « prégnance nouvelle des sujets identitaires, c’est-à-dire la volonté de défendre un mode de vie vécu comme en danger ».

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Il note cependant qu’à mesure qu’ils s’approchent du pouvoir, les partis nationalistes sont amenés à « abandonner les pans les plus radicaux de leurs programmes » et à « privilégier le pragmatisme » afin de pouvoir le conquérir.

Ella Couet

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