Robert Badinter est décédé la nuit dernière à l’âge de 95 ans. L’ancien garde des Sceaux avait oeuvré pour l’abolition de la peine de mort. L’an dernier, il avait publié un livre appelant à juger Vladimir Poutine pour ses crimes commis en Ukraine.
Le brillant avocat a d’abord été critiqué pour avoir défendu des causes à contre-courant, avant de se lancer en politique et d’être considéré comme une autorité morale. Né le 30 mars 1928 dans une famille juive émigrée de l’actuelle Moldavie, Robert Badinter vit une adolescence saccagée par la Seconde Guerre Mondiale. Son père, arrêté sous ses yeux à Lyon, mourra en déportation en Pologne.
Il mène des études de lettres et de droit, devient avocat au barreau de Paris et cofonde un prestigieux cabinet d’avocats d’affaires. Il raconte dans son livre « L’Abolition » que l’origine de son combat contre la peine de mort remonte à 1972, lorsqu’il ne parvient pas à sauver de la guillotine Roger Bontems, complice d’une prise d’otages sanglante. Par la suite, il permettra à six hommes d’échapper à l’échafaud, notamment à Patrick Henry, meurtrier du petit Philippe Bertrand, finalement condamné à la prison à vie.
Avec la peine de mort, « le crime change de camp »
En 1981, Robert Badinter, alors ministre de la Justice de François Mitterrand, porte la loi qui abolit la peine de mort, dans une France encore majoritairement favorable au châtiment suprême. Cible de nombreuses attaques, il avait confié : « Jamais je n’ai eu l’impression d’une telle solitude ».
Il a ensuite passé sa vie à promouvoir l’abolition universelle de la peine capitale. Avec l’exécution, « le crime change de camp » selon lui, appelant à « une justice plus humaine ». Robert Badinter fait voter la suppression des quartiers de haute sécurité, celle de juridictions d’exception, la dépénalisation de l’homosexualité, l’accès des justiciables français à la Cour européenne des droits de l’homme et une loi sur l’indemnisation des victimes d’accidents.
L’an dernier, il avait publié un livre « Vladimir Poutine. L’accusation » et avait assuré, sur l’antenne de Radio Classique que « les preuves sont réunies » pour un futur procès pour juger les crimes en Ukraine du président russe.
Béatrice Mouedine (avec AFP)
Retrouvez tous les articles liés à la politique