Le choix de Gabriel Attal comme premier ministre a été présenté comme une arme anti-Bardella. Le président du RN présentait ses vœux à la presse ce lundi. Comment a-t-il réagi au fait d’être ainsi ciblé ?
Jordan Bardella est entré dans le jeu parce que ça l’arrange. Puisqu’il est désigné ennemi politique numéro un en raison de ses bons sondages, il cible à son tour le premier ministre en ironisant sur « l’emballement médiatique » dont il fait l’objet et qui ferait croire qu’il marche sur les eaux, alors que, dit Bardella, il restera comme un ministre qui « commence toujours le travail, sans jamais le finir ». Œil pour œil. Mais en fait, le président du RN est ravi du sort qui lui est réservé par les macronistes. Il se réjouit de quelques beaux cadeaux livrés sur un plateau.
Le premier, c’est de faire de son âge non pas un handicap mais un atout pour gouverner. Marine Le Pen l’a redit ce week-end dans le JDD : si elle est élue présidente de la République en 2027, elle nommera Jordan Bardella premier ministre. En mettant même la question des idées du RN de côté, on pourrait se dire : quelqu’un de si jeune (il a aujourd’hui 28 ans) pour un poste si lourd, c’est un peu léger. Mais maintenant, comment juger irréaliste ce choix quand Emmanuel Macron considère qu’on peut avoir la carrure d’un premier ministre à 34 ans.
Un Yalta sur le dos de LR
Mais le cadeau surtout, c’est que cibler nommément et exclusivement Jordan Bardella c’est le valoriser. Dire : il n’y a pas d’autre urgence dans le pays que de barrer la route au RN c’est admettre que sa victoire est possible, et même prévisible. Et réduire l’enjeu des européennes à un match Renaissance-RN, en ignorant totalement la liste de Raphaël Glucksmann d’un côté, et de l’autre celle de François-Xavier Bellamy qui a été officiellement désigné tête de liste LR hier, c’est inciter au vote utile. Or le vote utile, si ça l’a autrefois desservi, favorise le RN aujourd’hui, compte tenu de son niveau dans l’opinion.
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Par ailleurs la nomination de Rachida Dati au poste de ministre de la Culture est faite pour mettre LR dans l’embarras. Et ce qui met LR dans l’embarras, met le RN, mais aussi Reconquête en joie. C’est aussi simple que ça. Éric Zemmour a dit dimanche que « voter LR, c’était voter pour les futurs ministres de Macron ». Et hier, Jordan Bardella en a profité pour lancer un appel à le rejoindre aux électeurs et aux militants de droite qui ne veulent pas rejoindre le chef. Vous le voyez, en se choisissant les uns les autres comme meilleurs ennemis, les macronistes et le lepénistes s’entendent sur une sorte de Yalta sur le dos de LR dont ils rêvent de se partager les dépouilles.
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