« Fin de l’abondance » : La stratégie d’Emmanuel Macron pour étouffer les oppositions

Giancarlo Gorassini-POOL/SIPA

Emmanuel Macron a voulu marquer les esprits hier pour la rentrée de l’exécutif. En décrétant la fin de l’abondance pour le pays, le président s’érige en rempart contre la guerre en Ukraine et la crise climatique. Une stratégie de dramatisation qui permet de bâillonner les oppositions politiques… et de camoufler l’absence de vision de long terme.

Emmanuel Macron ancre sa prise de parole de rentrée dans un contexte de crise double

C’est avec un ton très grave et solennel que le président a pris la parole au début du Conseil des ministres. « Ce que nous sommes en train de vivre est de l’ordre d’une grande bascule et d’un grand bouleversement », a déclaré Emmanuel Macron, évoquant ainsi la « fin de l’abondance ». Abondance des richesses, abondance alimentaire, abondance énergétique… tout cela est remis en cause par les deux crises qui touchent de plein fouet notre pays : la guerre en Ukraine et ses six mois de conflit qui ont plongé le continent européen dans l’incertitude. La crise climatique ensuite, à l’issue d’un été marqué par des incendies et des phénomènes météorologiques inédits. C’est dans ce contexte très sombre qu’Emmanuel Macron a voulu ancrer sa prise de parole de rentrée : celle d’un président au-dessus de la mêlée politique qui cherche à protéger les Français des menaces. « Je ne suis pas fait pour diriger par temps calme. Je suis fait pour les tempêtes », a-t-il coutume de dire. Après les gilets jaunes, la crise du Covid, et désormais la guerre en Ukraine, le président poursuit sa partition churchillienne – du sang et des larmes – bien éloignée des promesses de lendemains qui chantent du macronisme originel.

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La stratégie de dramatisation est bien pensée : elle étouffe les oppositions en pleine rentrée politique. François Bayrou est sorti du bois hier pour accentuer cet effet de gravité : le patron du Modem évoque dans Le Point « la crise la plus grave que la France ait connue depuis la guerre », et qui ne pourra pas selon lui être surmontée « sans un immense effort national ». Un appel à l’union qui intervient au moment précis où les oppositions lancent leurs offensives. Les partis de gauche sont tous réunis en université d’été ce week-end et les initiatives fleurissent à droite en vue du Congrès des Républicains. Les oppositions vont devoir trouver la parade face à un président qui use volontairement du registre guerrier pour les asphyxier, comme il l’avait fait avec succès lors de l’élection présidentielle. Elles doivent pourtant avoir voix au chapitre pour proposer leurs solutions.

Emmanuel Macron se retrouve à nouveau confronté au dilemme entre la fin du mois et la fin du monde

Une fois posé le constat très général de la fin de l’abondance, on a du mal à voir quel va être le cœur de la politique de l’exécutif. Comment atteindre la sobriété espérée sans passer par la contrainte ou l’interdiction ? Comment concilier pouvoir d’achat et lutte contre le réchauffement climatique ? Face au poids des mots, c’est encore le flou des actes. En réalité, Emmanuel Macron se retrouve à nouveau confronté au dilemme entre la fin du mois et la fin du monde – entre le risque immédiat de pénurie d’énergie et la crise climatique. Une équation insoluble qui amène l’exécutif à prendre des décisions en apparence contradictoires : le redémarrage de centrales à charbon et l’importation de gaz de schiste d’une part, la relance massive de l’éolien et du solaire de l’autre. Voici peut-être le nouvel « en même temps » d’Emmanuel Macron.

Jim Jarrasse

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