En plein cœur de l’été, le traditionnel discours d’Emmanuel Macron à Bormes-les-Mimosas est une fenêtre stratégique pour se prémunir des erreurs politiques trop communes de la période estivale, mais aussi pour préparer une rentrée politique qui s’annonce périlleuse.
Le 17 août, le chef de l’État sort du cocon protecteur du fort de Brégançon pour commémorer la libération de Bormes-les-Mimosas, en 1944. L’occasion de passer des messages en cette période troublée, sur fond de guerre en Ukraine et de putsch au Niger.
L’occasion aussi pour le président de montrer qu’il est toujours sur le front, même en cette semaine de creux médiatique. La consigne est la même du côté du gouvernement, qui sait que la période estivale est souvent piégeuse.
Emmanuel Macron cherche à éviter les écueils politiques de l’été
Il suffit de se souvenir des précédents étés pour s’en convaincre : polémique sur la baisse des APL en 2017, l’affaire Benalla en 2018, les photos très commentées d’Emmanuel Macron en jet-ski en plein pic des températures et de la pollution en 2022. Alors l’exécutif a appris de ses erreurs, et préfère désormais prévenir que guérir.
Sur la canicule qui pointe le bout de son nez par exemple : avant même que les températures ne flambent, Élisabeth Borne a convoqué hier une cellule de crise interministérielle. 20 ans après la canicule de 2003, pas question de reproduire l’erreur du ministre de la Santé Jean-François Mattéi, qui n’avait pas daigné quitter sa maison du Var alors que la situation sanitaire était critique.
À la rentrée, le chef de l’État devra arbitrer avec sa fragile majorité
Si l’été s’est plutôt bien passé, la rentrée s’annonce autrement plus complexe. Lors du premier conseil des ministres de l’année, qu’il réunira mercredi prochain, Emmanuel Macron va devoir trouver les mots pour rassurer ses ministres. Car après la première année d’un quinquennat mal emmanché, la situation politique ne s’est pas débloquée.
La majorité ne tient toujours qu’à un fil et malgré les multiples initiatives politiques – Emmanuel Macron a encore annoncé son intention de réunir toutes les forces politiques de ce qu’il appelle “l’arc républicain” à la rentrée – on voit mal comment l’exécutif peut décrocher de nouveaux soutiens. Surtout au moment où les élections – sénatoriales cet automne, européennes en juin prochain – pointent le bout de leur nez.
Emmanuel Macron pourrait être obligé de recourir au 49-3 pour faire passer son projet de loi immigration. Et l’hypothèse d’une censure à l’initiative de la droite lors de l’examen du budget cet automne n’est toujours pas écartée.
La course pour l’après-Macron est déjà lancée
Nouveau signe de faiblesse du chef de l’État : ce dernier peine à contenir les ambitions des leaders de sa majorité, à commencer par Gérald Darmanin, qui réunira ses soutiens le 27 août. En outre, Bruno Le Maire, prépare lui aussi une rentrée médiatique anticipée et va faire un premier déplacement dès la semaine prochaine en Haute-Savoie.
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Enfin Édouard Philippe prévoit de publier un livre sur le thème de l’éducation début septembre, sans compter les velléités de François Bayrou et le besoin d’exister de l’aile gauche de la majorité. Les fauves sont lâchés et la guerre qui s’annonce pourrait bien sonner le glas du dépassement politique pour lequel Macron s’est tant battu.
Jim Jarrassé