NETREBKO Anna – biographie

(1971- ) Soprano

Anna Netrebko est aujourd’hui une soprano star, dont le nom restera gravé dans l’histoire de l’opéra. De ses débuts en Suzanne des Noces de Figaro jusqu’à Tosca, ou Elsa dans Lohengrin de Wagner, le parcours vocal d’Anna Netrebko est exceptionnel, et sans faute. Dotée d’une voix chaude, ronde, large, aux aigus éclatants, elle porte un soin particulier aux choix de ses rôles. Cette exigence lui a permis d’aborder les plus grands rôles dans les plus grandes salles.

Anna Nebretko en 10 dates :

  • 1971 : Naissance à Krasnodar en URSS
  • 1987 : Entre au Conservatoire de Saint-Pétersbourg
  • 1994 : Débuts au Mariinsky, dans Les Noces de Figaro
  • 1995 : Débuts à l’Opéra de San Francisco
  • 2002 : Débuts au Met et au Festival de Salzbourg
  • 2007 : Débuts à l’Opéra de Paris
  • 2014 : Chante à la cérémonie d’ouverture des J.O. de Sotchi
  • 2016 : Obtient la double nationalité russe et autrichienne
  • 2018 : Tosca au Met
  • 2020 : Turandot à Munich

Anna Netrebko a toujours ressenti l’envie de chanter et d’être sur scène

Née le 18 septembre 1971 à Krasnodar, dans le Caucase, d’une mère ingénieure et d’un père géologue, Anna Netrebko a très vite éprouvé l’envie de chanter. Dans une interview à Bertrand Dermoncourt pour L’Express en 2016, elle raconte ses débuts : “Aussi loin que je remonte dans le temps, j’ai toujours chanté. Rien de plus naturel chez moi. À 3 ans déjà, je savais que ma vie devait être sur scène. J’aimais danser, chanter, jouer la comédie. J’adorais ça.” Rapidement Anna Netrebko prend des cours de chants dans sa ville natale. Elle intègre des chœurs d’enfants, et chante à l’occasion comme soliste. Son premier professeur lui affirme qu’elle a un “don pour l’opéra”. Elle entre au conservatoire Rimski-Korsakov de Saint-Pétersbourg en 1987, à l’âge de seize ans. Parallèlement à ses études elle se fait engager comme femme de ménage à l’Opéra de Saint-Pétersbourg, le Théâtre Mariinsky, situé en face du conservatoire. “Comme beaucoup d’étudiantes, j’ai accepté un poste consistant à nettoyer l’entrée du théâtre avant les spectacles. C’était un travail pénible, car il fallait débarrasser le sol de la boue et de la neige. Je gagnais très peu, mais je pouvais assister à tous les spectacles gratuitement. J’ai pu, durant des mois, suivre toutes les répétitions, entendre chanter tous les rôles, voir travailler Valéry Gergiev, l’incroyable chef d’orchestre et directeur.” raconte-t-elle à L’Express.

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C’est avec Mozart qu’Anna Netrebko a fait ses débuts au Mariinsky

En 1993, alors qu’elle poursuit ses études au Conservatoire, elle remporte le concours Glinka à Moscou. Puis elle auditionne devant Valery Gergiev. “Même s’il ne me considérait alors que comme une jeune femme de ménage, Gergiev était surpris de me voir sans cesse suivre les répétitions. Alors, quand je me suis sentie prête pour une audition, il m’a reconnue et ça l’a amusé. Surtout, il a été suffisamment séduit par ma voix pour m’engager aussitôt” explique Anna Netrebko dans cette même interview. Pour cette audition, Anna Netrebko chante la Reine de la Nuit de La Flûte Enchantée. Quant à l’engagement, il se fait en 1994, sur un autre rôle mozartien, celui de Barberine des Noces de Figaro. Mais finalement, au fil des répétitions et à la demande du metteur en scène, c’est le rôle de Susanne qui lui est confié ! Anna Netrebko restera huit ans dans la troupe du Théâtre Mariinsky, où elle affirme y avoir “ tout appris”. Elle y chante Pamina de La Flûte Enchantée, Amina de La Somnambule de Bellini, le rôle-titre de Lucia di Lamermoor de Donizetti, Rosine du Barbier de Séville de Rossini. Elle y interprète bien sûr le répertoire russe, comme Louisa dans Les Fiançailles au couvent de Prokofiev. Quant au rôle de la Reine de la Nuit, elle l’a chanté, à Riga. “Deux fois j’ai réussi les contre-fa, les deux autres, je les ai craqués. Je ne m’y suis plus risquée !” raconte-elle en 2014 à Monique Barichella pour Classica.

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La soprano Anna Netrebko enchaîne très rapidement les succès à l’étranger

Ses années au Mariinski vont aussi lui permettre de commencer une carrière internationale, grâce à une série de tournées. En 1995, alors qu’elle termine ses études au Conservatoire, elle fait ses débuts à l’Opéra de San Francisco dans le rôle de Ludmila de Rouslan et Ludmila de Glinka. En 1999 elle chante Gilda dans Rigoletto de Verdi à l’Opéra de Washington. En 2000, San Francisco la voit en Zerline de Don Giovanni et en Ilia dans Idoménée de Mozart également. Cette même année elle rencontre ses premiers triomphes à la Scala de Milan et au Teatro Real de Madrid, dans le rôle de Natacha dans Guerre et Paix de Prokofiev. 2002 est une année importante dans la carrière d’Anna Netrebko. Elle marque à la fois ses débuts au Metropolitan Opera de New-York, avec ce même rôle de Natacha. Tandis que le Festival de Salzbourg lui ouvre ses portes avec Donna Anna dans Don Giovanni, sous la direction de Nikolaus Harnoncourt. Plus rien ne semble résister à Anna Netrebko, qui enchaîne les succès. Toujours en 2002, elle est Giulietta dans Les Capulet et les Montaigu de Bellini. Puis, en 2003, Violetta dans La Traviata, pour ses débuts à l’Opéra d’Etat de Bavière de Munich, et au Staatsoper de Vienne. Cette même année, elle signe un contrat chez Deutsche Grammophon, et enregistre un premier album d’airs d’opéras, avec l’Orchestre Philharmonique de Vienne dirigé par Gianandrea Noseda. Elle retourne à Salzbourg en 2005, pour La Traviata, aux côtés de Rolando Villazón, dans une production devenue mythique de Willy Decker. En 2007, elle entre dans le Top 100 du magazine Time, des personnalités les plus influentes au monde. Cette même année elle fait ses débuts à l’Opéra de Paris, à Bastille, dans le rôle de Giuletta dans la production de Robet Carsen, sous la direction d’Evelino Pido.

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La liste des rôles chantés par Anna Netrebko est le reflet de l’évolution de sa voix

La liste des rôles chantés par Anna Netrebko est longue. Il faut également citer les rôles-titres d’Anna Bolena de Donizetti, de Manon de Massenet, de Manon Lescaut de Puccini, de Aïda, et de Giovanna d’Arco de Verdi, de Iolanta de Tchaïkovski, Tosca, avec une prise de rôle au Met en 2018, ou encore Turandot de Puccini à Munich en 2020. Parmi ses autres rôles, figurent ceux d’Elvire dans Les Puritains de Bellini, Tatiana dans Eugène Onéguine de Tchaïkovski, Leonora dans Le Trouvère, Lady Macbeth dans Macbeth, Leonora dans La Force du destin et Elisabeth de Valois dans Don Carlo de Verdi, ou encore Elsa dans Lohengrin de Wagner. Cette liste est le reflet de l’évolution de sa voix, que l’on peut qualifier aujourd’hui de lirico-spinto. Une voix ronde, chaude, sombre et large, avec des aigus éclatants. Une voix dotée d’une grande sensualité également. “Ma voix est bien adaptée au répertoire romantique et le fait que mon timbre se soit un peu assombri ces dernières années me permet d’évoluer vers des rôles plus lourds, Verdi, Puccini, Wagner même.” disait-elle à Alain Duault dans Classica en 2016. Dans une autre interview à la revue Cadences en 2020, elle précisait : ”Je pense que ma voix possède maintenant une tessiture très large. Je suis un soprano. Je ne la définirais ni comme un soprano lyrique, ni comme un soprano colorature ou dramatique.” Non sans humour, Anna Netrebko explique aussi l’évolution de sa voix par un changement physique “Je mise sur la bonne respiration ! Tout mon corps est mis en branle lorsque je chante. Et puis il y a autre chose. Peut-être mon vrai secret, même s’il se voit. Mon tour de hanches a pris vingt centimètres ces derniers temps. Ça aide ! Mon diaphragme est bien plus gros ! Je respire bien plus profond.” racontait-elle à L’Express en 2016.

« Vissi d’arte » de Tosca de Puccini (Anna Netrebko, Orchestra Wiener Staatsoper, dir. Bertrand de Billy, Vienne en 2020)

 

 

Maria Callas est la référence absolue d’Anna Netrebko

Anna Netrebko fait par ailleurs preuve d’une grande exigence dans le choix de ses rôles. “Je n’accepterai jamais un rôle qui me soit totalement incompréhensible et qui ne convienne pas à ma voix. Je suis très prudente lorsqu’il me faut prendre des décisions, et en conséquence, j’aime sincèrement tous les rôles que je chante. Parfois, j’ai besoin de temps pour vraiment tomber amoureuse d’un personnage ; cela fut le cas pour Tosca, mais à la fin, elle a fini par me conquérir.” disait-elle à Cadences. Aujourd’hui star internationale, Anna Netrebko n’oublie pas pour autant ses aînées, au premier rang desquelles figure Maria Callas. “Elle possédait comme nulle autre la vérité. Elle savait comment un opéra doit sonner. Chez elle, le caractère, le phrasé, le sens du rythme sont simplement incomparables. Peut-être avait-elle une intuition supérieure.” confiait-elle à L’Express. Anna Netrebko a aussi suivi l’exemple de la soprano Mirella Freni : “Chaque fois que je l’écoutais attentivement, je m’améliorais.” avouait-elle à Classica en 2014. Elle a aussi pris plusieurs leçons de chant avec Renata Scotto. “ C’est elle qui m’a initiée au bel canto quand j’ai abordé Les Capulet et les Montaigu. Je ne comprenais tout d’abord rien à ces longues mélodies que je croyais répétitives.” précisait-elle dans cette même interview. Cette exigence et cette lucidité ont fait d’Anna Netrebko la grande chanteuse qu’elle est aujourd’hui, et qu’elle devrait rester pour de nombreuses années encore.

 

Jean-Michel Dhuez

 

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