Une guitare inédite d’Antonio de Torres, le « Stradivarius de la guitare » mise en vente à Vichy

Crédit: Christophe Darbelet

Le samedi 6 novembre, la maison de vente Vichy Enchères, spécialisée dans les instruments anciens, mettra en vente, parmi d’autres lots, une guitare unique créée en 1882 par le luthier espagnol Antonio de Torres, surnommé « le Stradivarius de la guitare ». Ce modèle inédit, la SE 35, est estimé entre 100 000 et 150 000 euros.

Un autre modèle construit la même année est conservé au Musée de la Musique à la Philharmonie de Paris

L’histoire de la guitare mise en vente par Vichy Enchères est assez touchante. L’instrument a en effet été conservé pendant près de trente ans dans un monastère bénédictin, suite au legs de son ancienne propriétaire, l’épouse du Prince Youri Alexandrovitch Toporkoff, lieutenant dans l’armée du tsar Nicolas II, qui avait fui la Russie lors de la révolution de 1917. Il aurait offert cette guitare à son épouse française qui avait fait partie d’un club de guitaristes. À sa mort en 1995, la princesse, très pieuse, légua tous ses biens, dont cette précieuse guitare, à une communauté bénédictine.

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Réalisé en 1882 et numéroté SE35 (SE comme « Seconde Époque », phase de renaissance durant laquelle Antonio de Torres fabriqua ses modèles les plus aboutis), ce modèle en très bel état témoigne de l’impressionnant savoir-faire du luthier sévillan, par la finesse de sa table d’harmonie, son barrage en éventail ou encore à travers ses éléments décoratifs dont sa rosace très raffinée. La table a été réalisée en épicéa, le fond et les éclisses en érable ondé, le manche en cedro (bois tropical), la touche (pièce plaquée sur le manche) en ébène et le chevalet en palissandre. Il porte également l’étiquette de Manuel Ramirez, célèbre successeur de Torres, qui la restaura en 1904. Un autre modèle construit la même année et portant le n° 33 est conservé au Musée de la Musique à la Philharmonie de Paris.

Antonio de Torres est l’inventeur de la guitare moderne

Si Antonio de Torres est mondialement connu et considéré comme « le Stradivarius de la guitare », c’est qu’il a donné à l’instrument une nouvelle forme et des qualités sonores révolutionnaires, qui seront imitées après lui et qui resteront la référence universelle. Né en juin 1817 près d’Almeria en Andalousie, Torres commença un apprentissage auprès d’un luthier de Grenade. C’est à Séville, où il s’installa en 1845, qu’Antonio de Torres se lança dans la fabrication de ses propres guitares auxquelles il donne, dès 1856, une forme et des proportions inédites à l’époque, les 1ères guitares dites « modernes ». La perfection de ses guitares était telle que ses modèles se diffusèrent très rapidement dans le monde entier.

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Après 5 ans d’interruption (de 1870 à 1875) Antonio de Torres reprend son activité de luthier. C’est le début de ce qu’il va lui-même appeler sa « seconde époque », qui durera jusqu’à sa mort en 1892. Une période au cours de laquelle il fabriqua les instruments qu’il jugea « réellement satisfaisants ». Parmi les 334 lots (instruments à vent et cordes) mis en vente le 6 novembre, Vichy Enchères proposera également une autre pièce très rare. Une flûte à bec des années 1730 du facteur anglais William Cotton ayant appartenu au duc de Luynes et estimée entre 2500 et 3000 euros.

Philippe Gault

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