Violons Stradivarius : Leur secret réside bien dans les vernis utilisés

©Angewandte Chemie

Une nouvelle étude publiée en juin confirme que le secret de la qualité acoustique incomparable des violons fabriqués par les grands luthiers de Crémone (Stradivari, Guarneri et Amati) aux 17et 18siècles proviendrait des vernis qu’ils utilisaient pour traiter le bois de leurs instrument. Cette étude révèle la composition exacte des produits chimiques utilisés à l’époque pour ces vernis.

Trente chercheurs impliqués dans cette nouvelle étude

Il y a 40 ans, Joseph Nagyvary, professeur émérite de biochimie à l’université A&M au Texas, fut le premier à proposer la théorie selon laquelle les produits chimiques utilisés lors de la fabrication des violons des grands luthiers de Crémone, entre 1660 et 1750, étaient responsables de leur qualité sonore exceptionnelle, plus que les matériaux utilisés ou l’assemblage de ces instruments d’exception.

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Depuis, de nombreuses études et notamment celle conjointe de laboratoires français et allemands en 2009, ont cherché à découvrir comment et pourquoi ces produits chimiques confèrent à ces instruments des sonorités si particulières. La dernière en date, parue au mois de juin dans la revue scientifique allemande Angewandte Chemie, réalisée par une trentaine de chercheurs dont Joseph Nagyvary, détaille quels produits chimiques ont été utilisés et comment ils ont pu avoir un effet sur le son des violons de Cremone.

Des vernis composés de borax, de zinc, de cuivre, d’alun et d’eau de chaux

Les résultats de cette étude, qui a impliqué plusieurs laboratoires américains, suisses et taïwanais, montrent que le borax, le zinc, le cuivre et l’alun, ainsi que l’eau de chaux, ont été utilisés pour traiter les bois dans lesquels ont été fabriqués ces instruments. S’il semble que l’usage de certains de ces produits était nécessité par la protection des bois utilisés (épicéa et érable) contre les vers, il apparaît que d’autres ont été employés pour, selon Joseph Nagyvary, « obtenir un avantage concurrentiel par rapport aux autres fabricants d’instruments » et notamment au niveau du son.

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Le chercheur ajoute « Ces luthiers ont probablement réalisé que les sels spéciaux utilisés pour le traitement du bois présentaient également un avantage supplémentaire en termes d’acoustique et de résistance ». L’étude révèle que les produits chimiques mentionnés ont été trouvés non seulement à l’extérieur du corps des violons analysés, mais aussi dans toutes ses parties internes, de la table d’harmonie aux éclisses et au fond. Dans leurs conclusions, les responsables de l’étude estiment que leurs résultats suggèrent que « les luthiers de Cremone ont entrepris des expériences d’ingénierie des matériaux pour produire des instruments aux propriétés uniques ».

Philippe Gault

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