Un avoir plutôt que le remboursement : Alexandre de Juniac demande « à genoux l’aide des passagers »

Le secteur aérien se met à genou, et ce n’est pas pour une demande en mariage. « Nous demandons l’aide des passagers (…), c’est vrai, et nous la demandons à genoux », ce sont les mots forts prononcés hier matin par Alexandre de Juniac. C’est le directeur général de l’Association internationale du transport aérien.

 

Coronavirus : Alexandre de Juniac demande aux passagers de venir en aide aux compagnies aériennes

Alexandre de Juniac est un peu la voix des compagnies aériennes, et l’ancien patron d’Air France se fait le héraut d’un secteur au bord de l’asphyxie financière, en raison de l’impact de la crise du covid19 sur le transport aérien. Il demande donc à genoux aux clients d’accepter des avoirs plutôt que de demander le remboursement des vols qui ont été annulés pendant la crise sanitaire. Malheureusement pour les compagnies, la règle est simple : en cas d’annulation, le voyageur doit se voir proposer soit un nouvel itinéraire, soit un remboursement dans les 7 jours, c’est la règle fixée par l’Union européenne.

 

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La règle dit aussi que le remboursement peut se faire sous forme d’avoir mais uniquement avec l’accord du client, d’où l’appel lancé par Alexandre de Juniac.
Elle est valable pour toutes les compagnies qui opèrent en Europe. Mi-mai, la Commission Européenne a d’ailleurs été contrainte de rappeler les compagnies à leurs obligations pour les milliers de vols annulés. Elle précisait que les avoirs devaient rester facultatifs et si possible assorties de garanties.

 

« La trésorerie des compagnies est dans un état apocalyptique » affirme Alexandre de Juniac

Une étude d’UFC-Que choisir avait montré à l’époque que les deux tiers des compagnies aérienne imposaient l’avoir à leurs clients en guise de remboursement. Elles étaient donc dans l’illégalité. Bruxelles a d’ailleurs lancé début juillet une procédure d’infraction à l’encontre de dix pays de l’Union européenne, dont la France, pour défendre le droit des consommateurs. Les conséquences financières peuvent-elles être considérables ? Un chiffre pour s’en convaincre : 9 milliards d’euros, c’est le montant des billets non utilisés au niveau européen et donc potentiellement remboursables ! Au niveau mondial, la facture grimpe à 35 milliards.

 

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Pour les compagnies aériennes, la perte sèche pourrait donc être terrible alors que la reprise du trafic aérien reste très lente en Europe. « La trésorerie des compagnies est dans un état absolument apocalyptique » a justifié Alexandre de Juniac, qui rappelle la responsabilité des Etats dans le processus du confinement. Le secteur aérien anticipe plus de 80 milliards de dollars de pertes en 2020, un record dans l’histoire de l’aviation. Beaucoup de compagnies sont très endettées, les annonces de suppressions d’emplois se multiplient et certaines ont déjà mis la clé sous la porte. Avec cette fois ci un risque de perte sèche pour les voyageurs.

 

Pierrick Fay