Nikolaï Lugansky joue Beethoven dans le noir après un incident technique !

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Lors du récital d’ouverture du 39ème Festival Rachmaninov de Tambov, dont il est le directeur musical, Nikolaï Lugansky a eu la drôle de surprise de se voir plongé dans le noir durant son exécution de l’opus 111 de Beethoven. Mais une panne de courant ne suffit pas à arrêter la musique quand elle est servie par un pianiste de la trempe de Lugansky, qui a démontré encore une fois – s’il nous fallait une nouvelle preuve- son exceptionnelle technique en offrant un moment d’exception aux spectateurs de Tambov.

Nikolaï Lugansky, directeur musical du Festival de Tambov, inaugurait la 39ème édition avec Beethoven, Debussy et Rachmaninov

C’est un moment unique, suspendu dans le temps qu’ont vécu les spectateurs du Festival Rachmaninov de Tambov durant l’arietta de l’ultime sonate de Beethoven. Dans une salle plongée dans le noir presque complet, les yeux rivés sur la silhouette de Lugansky, sans aucun doute l’un des pianistes les plus esthétiques à voir jouer, les auditeurs du théâtre dramatique de la ville ont vécu un petit instant d’éternité, selon la presse locale : « dans l’obscurité totale, la musique n’a pas bronché, le pianiste a continué à jouer et le public, figé et sans souffle, a écouté la musique dans le noir (…) cette situation a laissée une impression indélébile sur tout le monde ».

 

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Cette panne de courant n’a pas été l’unique obstacle qui s’est dressé entre Nikolaï Lugansky et la tenue d’un récital menacé par le piteux état du piano. L’instrument n’avait pas été utilisé depuis deux ans, et il a fallu le travail acharné de l’un des plus grands spécialistes de piano de concerts, Vladimir Spesivtsev, pour le remettre en état : « j’ai dû le démonter complètement, retirer le clavier, tout nettoyer, tout lubrifier », a déclaré après deux jours d’efforts l’accordeur des pianos de Lugansky ou Matsuev. Ces mésaventures sont dues aux manques de moyens et à l’absence d’une salle dédiée uniquement à la musique à Tambov, une situation que Nikolaï Lugansky regrette : « je suis extrêmement reconnaissant au théâtre qui prête sa scène pour des concerts, mais la rénovation doit encore être achevée et une philharmonie doit être ouverte ».

 

Nikolaï Lugansky : « Mon rêve de longue date est l’ouverture d’une vraie grande salle de concerts à Ivanovka »

Nikolaï Lugansky, pianiste émérite et professeur au conservatoire Tchaïkovsky honore son statut d’Artiste du Peuple de la Fédération de Russie en développant les arts hors des capitales culturelles Moscou et Saint-Pétersbourg, qui plus est dans la région de son compositeur de prédilection. Ce n’est pas un hasard si un festival Rachmaninov a lieu tous les ans à Tambov, capitale d’une région chère à l’artiste dans laquelle il a installé ses quartiers d’été, à quelques kilomètres au sud de la ville, dans le village d’Ivanovka : « Rachmaninov a écrit la plupart de ses grandes œuvres à Ivanovka, c’est un endroit qui lui donnait une force incroyable pour travailler » déclare Lugansky. Si la résidence d’été du compositeur, qui compte plus de 200 000 visiteurs annuels, a récemment été transformé en musée fédéral, beaucoup reste à faire dans la région de Tambov selon le pianiste : « sous subordination fédérale, le musée a beaucoup plus d’opportunités et davantage de ressources financières (…) une scène a été construite sous l’impulsion de Mikhail Pletnev, j’y ai joué en septembre, c’est une bonne scène ouverte mais c’est une scène d’été (…) mon rêve de longue date est l’ouverture d’une vraie grande salle de concerts à Ivanovka ». Nikolaï Lugansky espère un tournant dans son combat pour la mémoire de l’artiste et de nouvelles opportunités avec l’arrivée de l’année de commémoration des 150 ans de la naissance de Rachmaninov : « il existe peu de telles personnalités en Russie, c’est l’un de ses plus grands génies, c’est très bien que l’Etat se saisisse de ces sujets pour commémorer son 150ème anniversaire ».

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On peut espérer que le public parisien pourra accueillir Nikolaï Lugansky dans des conditions optimales pour son récital annuel au Théâtre des Champs-Elysées le 19 juin, dans un programme quasiment similaire au récital de Tambov, avec cette fois un beau piano -dont l’entretien ne nécessitera pas les miracles de Vladimir Spesivtsev- et des lumières en état de marche !

Rémi Monti

 

 

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