Musique classique : Les Asiatiques représentés mais pas suffisamment considérés ?

World Economic Forum/Flickr

Le New York Times vient de publier un article sur la représentation des artistes d’origine asiatique dans la musique classique. Le quotidien américain pointe que le succès de certains, comme Lang Lang, Yuja Wang ou Yo-Yo Ma masque « le racisme et la discrimination » auxquels d’autres sont confrontés. Cela intervient après la récente annulation d’une masterclass du violoniste Pinchas Zuckerman, pour des propos ciblant deux musiciennes franco-japonaises.

Le ballet de l’Opéra de Paris vient d’accueillir Sae Eun Park, première danseuse étoile née en Corée du Sud

C’est une enquête très complète que publie cette semaine le New York Times, qui a nécessité, selon son auteur, le journaliste Javier C.Hernandez, des entretiens avec plus de 40 musiciens d’orchestre, solistes, chanteurs lyriques, compositeurs, enseignants et administrateurs. Un panel de musiciens d’origine asiatique qui témoigne de leur présence forte dans le milieu de la musique classique. En France, le ballet de l’Opéra de Paris vient d’accueillir Sae Eun Park, première danseuse étoile née en Corée du Sud.

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Et l’Opéra de San Francisco accueillera le 1er août prochain la cheffe sud-coréenne Eun Sun Kim, première femme à occuper un poste d’une telle envergure. Toutefois l’orchestre de San Francisco est composé à 83% de musiciens blancs, précise le New York Times. Le quotidien cite les témoignages d’artistes qui disent se confronter à des stéréotypes : ils délivreraient une musique « sans âme et mécanique ». Le pianiste chinois Lang Lang a même déclaré que si son style était expressif, voire exubérant, c’était justement pour contrer la perception fausse qu’ont les spectateurs d’un Asiatique forcément « froid et réservé ».

 

Pinchas Zuckerman a été au cœur d’une polémique en imitant l’accent chinois lors d’une masterclass

Des clichés qui conduisent souvent, pour les chanteurs lyriques, à des carrières limitées à certains personnages, Cio-Cio San dans Madame Butterfly ou la princesse dans Turandot de Puccini. La célèbre soprano coréenne Sumi Jo a révélé avoir dû renoncer à des rôles parce que les metteurs en scène pensaient qu’elle n’était « pas assez blanche ». Récemment le violoniste israélo-américain Pinchas Zuckerman a été au cœur d’une polémique en s’adressant, lors d’une masterclass, à deux sœurs d’origine asiatique, leur demandant de mettre « un peu plus de soja » dans leur jeu et en imitant l’accent chinois.

 

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Face au tollé, la Juilliard School, qui organisait l’évènement, a retiré la vidéo de son site internet et le violoniste a présenté des excuses. Parmi les témoignages recueillis par Javier C.Hernandez, celui du violoniste australien d’origine taïwanaise Ray Chen, très actif sur les réseaux sociaux. Il assure rencontrer moins de discriminations aujourd’hui qu’à ses débuts, quand le public s’étonnait qu’il puisse jouer des morceaux de Mendelssohn. Il ajoute toutefois : « c’est une des choses qui posent problème dans l’industrie de la musique classique, la peur de la nouveauté ».

Béatrice Mouedine

 

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