Marine Le Pen « se montre complotiste, c’est une attitude irresponsable », selon Nathalie Loiseau

Nathalie Loiseau était l’invitée de la matinale de Renaud Blanc ce mercredi 1er avril. La députée européenne LREM a jugé que l’UE en « fait plus qu’on ne le dit » contre le coronavirus. Elle a fustigé les « égoïsmes nationaux » et la fermeture de frontières « pas du tout coordonnées ». Elle a aussi qualifié Marine Le Pen de « complotiste » et « d’irresponsable ».

 

L’action de l’UE contre le Covid-19, masquée par de la « propagande » étrangère pour Nathalie Loiseau

« L’Europe aujourd’hui fait plus qu’on ne le dit ». Nathalie Loiseau a tenté ce matin au micro de Renaud Blanc de redorer le blason de l’Union Européenne, sous le feu des critiques, notamment italiennes, pour sa gestion de la crise du coronavirus. La député européenne LREM a admis qu’elle « ne fait pas encore assez » mais a aussi regretté une mauvaise perception de l’opinion, due selon elle à des actions téléguidées de l’étranger.

 

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« Il y a aussi beaucoup de propagande, beaucoup de désinformation qui viennent de pays non-européens, qui aimeraient profiter de l’occasion pour affaiblir l’UE ». Bruno Le Maire expliquait hier sur l’antenne de Radio Classique que « le projet politique européen mourra » si les nations membres ne faisaient pas preuve de solidarité. Un constat partagé par l’ex-ministre des Affaires européennes d’Emmanuel Macron. « Cette crise est un test pour tous les gouvernements à travers le monde. C’est aussi un test pour l’Europe », a-t-elle reconnu, dégageant tout de même l’UE de ses responsabilités en matière médicale. « Les choses qu’elle ne fait pas, c’est parce qu’on ne lui a pas donné les compétences pour le faire ».

 

 

Rebondissant sur les récents propos de l’ex-président de la Commission européenne Jacques Delors, qui parlait d’un « danger mortel » concernant l’UE, Nathalie Loiseau a taclé les Etats qui privilégient leurs intérêts nationaux. « Il a raison de s’inquiéter de l’égoïsme des gouvernements. Les institutions européennes sont mobilisées depuis le début, a-t-elle affirmé. On a vu les fameuses règles des 3% (du déficit budgétaire) abandonnées. On a la Banque centrale qui prévoit des rachats de dettes massifs, tout de suite, à très haut niveau », a-t-elle listé.

 

Nathalie Loiseau s’est attaquée « aux égoïsmes nationaux » qui feraient le jeu « des extrémistes »

Sans compétence dans le domaine sanitaire, l’UE est surtout critiqué pour son incapacité à faire converger les décisions de ses membres. Nathalie Loiseau a surtout tenu à pointer du doigt une tendance en particulier. « On a vu une cacophonie au départ, avec une manière de remettre en place des frontières intérieures, peut-être nécessaires, mais en tout cas pas du tout coordonné », a-t-elle fustigé, dans le sillage des instances de l’UE, sensibles sur la question aux dimensions partisanes du recours à la fermeture des frontières.

 

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« Les premières réactions ont été ces égoïsmes nationaux qui sont exactement ce que les souverainistes ou les extrémistes mettent en avant depuis des années. Ils nous disent depuis toujours que l’Europe des nations marcherait mieux que l’Union européenne. » De son côté, elle soutient que l’Union est « le seul endroit au monde où il y a une coopération entre les Etats ». « Ailleurs, c’est la compétition. Ce n’est pas ce qui est en train de se passer en Europe ». Les 27 ne sont toutefois pas encore disposés à parler d’une seule voix, à entendre Nathalie Loiseau.

 

 

« On voit encore aujourd’hui des pays faire la morale à d’autres pays », a-t-elle critiqué, tout en refusant de nommer notamment les Pays-Bas, qui n’ont toujours pas opté pour la stratégie du confinement. Des pays du nord disent à des pays du sud qu’ils n’auraient pas dû s’y prendre comme ça. Franchement, quand la maison de votre voisin brûle, on se dépêche de lui venir en aide, sinon cela prend partout ».

 

« La pandémie ne doit pas conduire à la dictature« 

Autre sujet de discorde entre les Etats membres, le financement du coût de la crise sanitaire. La France, l’Italie ou encore l’Espagne sont favorables à une mutualisation des dettes ; ce que refuse pour le moment Berlin. « On voit un débat très fort en Allemagne. On entend Sigmar Gabriel (ex-ministre de l’Economie allemande) dire : on ne peut pas continuer comme ça. Non, tout ne sera pas comme avant, on ne pourra pas revenir à notre routine d’avant », a-t-elle insisté, ajoutant pour répondre à certaines critiques que ce mécanisme des Eurobonds qu’elle soutient ne s’inscrirait pas dans une stratégie « de fédéralisme béat et idéologique ».

 

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Interrogée sur les possibles mensonges de la Chine quant au nombre de morts qu’elle a enregistrés ou à la gravité du virus qu’elle savait contagieux, Nathalie Loiseau a visé les « responsables locaux » de ce « pays autoritaire » qui, par peur de déplaire, « ont caché la gravité de la crise » et « la nature exacte du virus ». Des défaillances, signes à ses yeux d’un « sous-produit d’un autre virus, qui est l’autoritarisme et qui ne doit pas nous gagner en Europe ». La député européenne LREM s’est dite « très préoccupée de ce qui se passe en Hongrie ».

 

 

« Viktor Orban a obtenu les pleins pouvoirs sans aucune contrepartie, sous prétexte de lutter contre la pandémie. La pandémie ne doit pas conduire à la dictature », a-t-elle prévenu. Le Premier ministre hongrois a obtenu le droit de prolonger indéfiniment l’Etat d’urgence ; disposition qui lui permet de s’arroger davantage de pouvoirs. Seule une majorité des 2/3 de son parlement pourrait l’en empêcher, mais Viktor Orban la détient depuis les dernières élections législatives, où ont plané des soupçons de fraudes électorales.

 

Marine Le Pen, « complotiste » et « irresponsable »

D’autres gouvernements, comme celui d’Edouard Philippe, ont eux aussi obtenu des pouvoirs supplémentaires grâce à l’Etat d’urgence sanitaire. Une comparaison que rejette Nathalie Loiseau. On ne peut pas « comparer la nécessité de répondre vite et fort, avec un contrôle parlementaire et avec une presse libre, avec ce qui se passe soit en Chine, soit en Hongrie ». Elle a par ailleurs invité les chefs d’Etats et de gouvernements a « réagir vite et fort » contre Viktor Orban.

 

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« On ne peut pas laisser une dictature s’installer au sein de l’UE. Je ne veux pas entendre ceux qui nous disent : on a un article dans le traité de Lisbonne, mais on ne sait pas comment l’utiliser. » Le Premier ministre hongrois s’était déjà attiré les foudres de l’UE durant la crise migratoire. Il avait notamment refusé d’accueillir un quota de personnes immigrées comme lui demandait Bruxelles, qui n’était parvenu qu’à suspendre sa formation de la majorité au parlement européen. « J’en appelle aux chefs d’Etats et de gouvernements. En tous cas, le parlement européen sera mobilisé ». Nathalie Loiseau a terminé en ciblant la présidente du Rassemblement national.

 

 

« Madame Le Pen se montre complotiste. On l’entend critiquer, soupçonner, on l’entend dire que le virus serait peut-être né en laboratoire. C’est une attitude irresponsable, dangereuse ». La présidente du RN et ex-députée européenne avait estimé « de bon sens » de s’interroger sur la provenance du virus, n’écartant pas qu’il puisse provenir d’un laboratoire. D’après un sondage de l’institut Ifop, 26% des Français et 40% des sympathisants RN croient en cette dernière théorie.

 

Nicolas Gomont

 

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