2 millions de masques pour l’Ile-de-France sont bloqués en Chine, annonce Valérie Pécresse

Valérie Pécresse était l’invitée de la matinale de Renaud Blanc ce lundi 30 mars. La présidente de la Région Ile-de-France a révélé que des millions de masques ne pourraient être livrés à temps sur son territoire. Elle a annoncé la mise en place d’un fond d’investissement, « pour que les entreprises puissent contribuer à l’effort de guerre », mais aussi d’un « fond d’aide d’urgence » pour les pharmacies et soignants libéraux.

 

20 millions de masques ont été commandés par la Région Ile-de-France à la Chine

« On est soumis à des escrocs de tout poil. Il faut faire le tri entre le bon grain et l’ivraie ». Valérie Pécresse, présidente de la Région Ile-de-France, a, comme le permet l’Etat depuis la semaine dernière, commandé des millions de masques à la Chine pour protéger les personnels de son territoire contre le Covid-19. Une initiative, à la mise en place ardue. Si 20 millions d’exemplaires ont été achetés, ils tardent à être acheminés jusqu’en France. « 1,5 millions sont arrivés. Mais c’est une guerre mondiale, une chasse aux trésors que de faire arriver ces masques, que de faire décoller les avions ».

 

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Valérie Pécresse s’est désolée de la décision de la Chine d’annuler des vols en direction de Paris, alors que « ces masques peuvent sauver des vies ». Un choix de l’un des principaux fournisseurs mondiaux, dont il est « compliqué » pour la présidente de la Région Ile-de-France d’en connaître les raisons. « Cela me choque. (…) Nous devions recevoir 2 millions de masques ce matin… Notre objectif est d’équiper tous ceux qui en ont besoin. La Région va distribuer via l’ARS (Agence régionale de santé) 500.000 masques aux pharmaciens, aux médecins et aux infirmiers libéraux, qui eux aussi sont en première ligne contre l’épidémie. » Ils viendront ainsi s’ajouter aux dizaines de milliers déjà livrés aux Ehpad et aux aides à domiciles.

 

 

Échappant aux restrictions du gouvernement chinois, un cargo d’Air France a pu atterrir hier samedi à Roissy, avec à son bord plus de 100 tonnes de matériel médical, dont les 2,5 millions de masques FFP2 offerts par LVMH aux autorités françaises, comme le signalait sur son compte tweeter le directeur des relations extérieures du groupe, Jean-Charles Tréhan.

 

 

500.000€ par entreprise qui se convertira pour produire masques et gels hydro-alcooliques

« J’espère qu’il y aura plus de solidarité mondiale », tandis que les « pays font la chasse aux produits de première nécessité et aux masques« , a confié Valérie Pécresse, qui a regretté la supériorité donnée aux pays producteurs et développés, en capacité de surenchérir pour se procurer les équipements nécessaires à la lutte contre la pandémie, comme les masques ou les respirateurs. « On se demande ce qui va arriver aux pays les plus pauvres… », s’est-elle émue. Valérie Pécresse a d’ailleurs rappelé la distribution déjà effective de protections à destination d’associations humanitaires françaises, qui s’occupent des personnes sans-domicile.

 

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« Dans les associations humanitaires, les bénévoles ont souvent plus de 70 ans. (Elles) sont désormais privées de bras, de ressources et sont à 30% leur activité, alors même qu’elles devraient pouvoir se démultiplier sur tout le territoire ». Pour les soutenir, la Région Ile-de-France met à la disposition de l’Etat un certain nombre d’internats, de lits, mais aussi de bases de loisirs (Torcy, Moisson) pour pouvoir accueillir les sans-logis. « Nous sommes en train de nous mobiliser pour que les sans-abris ne soient pas oubliés », a souligné Valérie Pécresse. La présidente de la région voit son rôle comme complémentaire à celui de l’Etat.

 

 

« Moi je dois agir, je dois protéger, je dois aider. Je lance aussi un appel qui s’adresse aux entreprises, qui ont des masques ou qui ont la possibilité de fabriquer du gel, des blouses, des respirateurs… ». Une aide spéciale ciblant ces entreprises devrait prochainement être mise en place par la région ; un « fond d’investissement Covid », qui financera à hauteur de 500.000 euros chacune de ces sociétés pour « qu’elles puissent transformer (son) outil de production ».

 

18 millions d’euros pour inciter les étudiants en médecine à se rendre dans les hôpitaux

Autres secteurs d’activité qui vont devoir dépenser pour s’adapter à la nouvelle donne, la pharmacie et la médecine libérale. « Je propose, durant toute la durée de la crise, parce qu’ils vont avoir besoin de faire des investissements supplémentaires – des hygiaphones, des masques, des ordinateurs pour la télémédecine -, un fond d’aide d’urgence » qui permettra à la région de régler leur facture à leur place. « Ils peuvent demander à en bénéficier par courriel (covid-19-santé@iledefrance.fr) ou par téléphone, au 01.53.85.53.85. », a précisé Valérie Pécresse.

 

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18 millions d’euros ont également été dégagés pour rémunérer, et donc inciter, les étudiants en médecine – au nombre de 15.000 en Ile-de-France – à rejoindre les hôpitaux pour prêter main-forte au personnel soignant. « J’en aimerais au moins 10.000 », s’est fixé comme objectif Valérie Pécresse, qui s’est réjouie d’un mouvement de solidarité en ces temps de crise, comptabilisant notamment « 8.000 bénévoles inscrits sur la plateforme Pour Aider ». En « geste de reconnaissance », pour ceux qui continuent de se déplacer sur leur lieu de travail pour exercer une activité essentielle au pays, Valérie Pécresse a réitéré son intention de rembourser la carte Navigo aux abonnés pour le mois d’avril.

 

 

500.000 personnes vont ainsi en bénéficier, comme les détenteurs d’un passe senior ou une carte Imagin’R. « Les Français entrepreneurs ou salariés sont frappés très durement par cette crise », s’est inquiétée Valérie Pécresse. Dans ce contexte, la présidente de région a soutenu les ordonnances prises par le gouvernement, qui permettent notamment d’allonger la durée hebdomadaire de travail, d’imposer des jours de congés aux salariés mais aussi de prendre en charge les salaires des employés contraints au chômage.

 

Patrick Devedjian, un homme « qui ne ressemblait à personne« 

« L’Etat doit pouvoir prendre le relais pour s’assurer que des entreprises ne tombent pas en faillite. » Le plan de crise sanitaire du gouvernement devrait faire l’objet à la rentrée d’une commission d’enquête parlementaire réclamée par Les Républicains ; parti qu’elle a quitté en juin 2019. « Moi, je crois à l’union nationale en temps de crise. Le temps du bilan adviendra, mais ce n’est pas le temps de la critique et de la polémique », a-t-elle indiqué. C’est plutôt celui « de l’action » à ses yeux ; action qu’elle assure mener dès maintenant en commençant « à l’échelle de toute la région à mener une réflexion sur les productions stratégiques ».

 

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« Cela nécessite de repenser notre outil industriel, de relocaliser notre production de médicaments, notre industrie de santé, d’équipement… Il faut que nous soyons désormais souverain », a-t-elle fait savoir. Plus globalement, elle a estimé qu’il faudrait « reconstruire un monde nouveau ». « Nous ne regarderons plus de la même façon la mondialisation et le libéralisme à la sortie de cette crise ». Autre changement de perception qu’elle appelle de ses vœux, le regard porté sur les élus locaux. Ils « sont aussi en première ligne et cela mériterait qu’on leur face davantage confiance ». Hier, le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine, et proche de Valérie Pécresse, décédait du Covid-19.

 

 

« Guillaume Tabard a su trouvé les mots, touchants, pour décrire le Patrick Devedjian que j’ai connu, qui était un anti-conformiste, hors-normes. Dans la vie politique, il y a beaucoup de personnes qui se ressemblent. Lui, ne ressemblait à personne. Sa passion pour la France, sa passion pour l’Arménie, sa terre d’origine, faisait de lui quelqu’un qui avait une liberté d’esprit et de ton qui va beaucoup nous manquer ».

 

Nicolas Gomont

 

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